Cette édition spéciale dédiée au Japon est un voyage : un déploiement d’images, d’histoires et de voix qui racontent un pays multiple, à la fois familier et insaisissable. De la SF au kabuki, du cinéma contemporain aux expositions qui bousculent notre regard, nous avons voulu célébrer une culture qui ne cesse de réinventer la manière dont on raconte le monde.
Un immense merci aux étudiants et étudiantes de La Chance, dont la curiosité, l’énergie et le regard affûté ont enrichi cette newsletter. Leur contribution est précieuse : elle rappelle à quel point la diversité des perspectives est un moteur essentiel pour mieux comprendre, mieux raconter, mieux transmettre.
Manga ! Trois siècles d’imaginaire japonais en dialogue
One Piece, Naruto, Candy, L’Attaque des Titans… Tous vos héros débarquent au Musée Guimet pour Manga ! Tout un art, l’expo qui fait dialoguer trois siècles d’imaginaire japonais. D’un côté, les estampes du XVIIIᵉ-XIXᵉ siècle ; de l’autre, les mangas qui ont façonné nos obsessions modernes. Une véritable saga graphique!
Beaucoup d’oeuvres sont inédites: Pour la première fois en France, on peut admirer les planches mythiques de Shirato Sanpei, publiées à l’origine dans Garo, revue créée spécialement pour lui. L’expo rend aussi hommage au “Dieu du manga” Osamu Tezuka, avec la genèse d’Astro Boy — 50 planches exceptionnelles, présentées en deux temps pour respecter les règles de conservation. On y croise même un dessin original de One Piece signé Eiichirō Oda, celui offert à Emmanuel Macron.
Côté immersion, un espace entier est dédié à la Grande Vague de Hokusai, recontextualisée et réinventée via un dispositif qui la révèle sous tous ses angles.
Et parmi les trésors geeks ultimes : la Dragon Ball offerte au shogun puis à Napoléon III, les objets de Marie-Antoinette qui inspirèrent La Rose de Versailles, ou encore le renard à neuf queues qui hante Naruto. Reportage sur notre chaine TikTok.
Autour de l’exposition, beaucoup d’événements comme un atelier de doublage le 25 janvier avec Brigitte Lecordier, la voix française des mangas ou la projection de Miss Hokusai le 28 janvier. Musée Guimet (Paris) jusqu’au 9 mars 2026. Une expo qui fait battre le cœur de l’histoire… et celui des fans. Jade Binet
Le retour du chef-d’œuvre SF japonais
Ressortie le 24 décembre, Metropolis est un pilier de l’animation japonaise moderne. Adapté d’un manga de Osamu Tezuka, souvent surnommé le “Dieu du manga” pour avoir posé les bases esthétiques et narratives de l’animation japonaise (d’Astro Boy à Black Jack), le film est mis en scène par Rintarō, figure majeure de l’anime, collaborateur historique de Tezuka au sein du studio Mushi Pro et réalisateur de nombreux classiques (Galaxy Express 999).
Cette œuvre qui se déroule dans une mégalopole où humains et robots cohabitent dans une société hiérarchisée, entre Ziggurat étincelante et sous-ville oppressante fusionne tradition Tezuka (fable humaniste, questionnement sur le progrès) et vision cyberpunk de Katsuhiro Ōtomo (au scénario), dont l’écriture apporte une profondeur politique et sociale inédite. La direction artistique, un rétro-futurisme art déco baigné de jazz, en fait l’un des films les plus singuliers de l’animation mondiale. A lire, en complément, Ma vie en 24 images par seconde, le récit par Rintaro de son parcours et de la création de ses films.
Metropolis n’est pas seulement un spectacle : c’est un pont entre l’histoire du manga, le renouveau de l’anime et une réflexion universelle sur ce qui fait notre humanité. À (re)découvrir absolument.
Le mythe oublié
Longtemps considéré comme un mythe introuvable, L’Œuf de l’ange ressurgit aujourd’hui avec une clarté bouleversante, dans une version 4K restaurée supervisée par Mamoru Oshii (le réalisateur de Ghost in the Shell). Film fondateur de l’animation d’auteur japonaise, il a irrigué toute une génération de créateurs : l’errance mystique de Stalker de Tarkovski, la dark fantasy de Berserk, jusqu’aux visions de Hidetaka Miyazaki (Dark Souls) — autant d’univers cités parmi ses héritiers directs.
Rare œuvre entièrement originale de Mamoru Oshii, conçue avec l’esthète Yoshitaka Amano, le film déploie un imaginaire d’une puissance inouïe : peu de mots, beaucoup de visions, une poésie grave qui questionne la foi, la mémoire et la fin des mondes.
Le film est à l’affiche à l’UGC Ciné Cité Les Halles (Paris), aux cinémas MK2, au Reflet Médicis (Paris 5ᵉ), au Cinéma Comoedia à Lyon, aux Variétés à Marseille. Une occasion unique de redécouvrir l’une des pierres angulaires les plus secrètes de l’animation mondiale.
Le phénomène qui remet le kabuki à la mode
Film-événement au Japon — plus de 12 millions d’entrées — Le Maître du Kabuki n’est pas seulement un succès national : c’est l’une des rares fresques contemporaines capables de faire rayonner dans le monde un art aussi codifié que le kabuki. Sang-il Lee signe un récit ample, fiévreux, qui fait dialoguer tradition et passions humaines, et révèle la puissance émotionnelle d’un théâtre souvent perçu comme immobile mais qui, filmé ainsi, devient incandescent.
Adapté du roman de Shūichi Yoshida, le film suit la trajectoire fulgurante de Kikuo, outsider élevé par un clan yakuza puis propulsé dans un univers où le talent doit rivaliser avec la lignée. Entre lui et Shunsuke, héritier d’une grande famille de kabuki, se noue une relation de fraternité, de rivalité et de destin partagé qui traverse les décennies.
Les scènes de spectacle — jouées sans doublage par les acteurs eux-mêmes, après un an d’entraînement intensif — offrent un accès inédit à la beauté du geste kabuki : grâce, tension, poses figées, tout y palpite à fleur de peau. Le directeur de la photo Sofian El Fani (Timbuktu, Pupille) sublime cette immersion.
Au-delà de l’hommage, Le Maître du Kabuki raconte ce que signifie se construire contre son destin, et comment l’art peut devenir une patrie. En salles le 24 décembre, c’est un rendez-vous rare avec un pan vivant de la culture japonaise.
Le Japon – comme vous ne l’avez jamais vécu- avec Manonatsumi
Plongez dans Half : Le Japon d’une sang-mêlée, la newsletter intime et sensorielle de Manon Natsumi, franco-japonaise qui raconte le Japon avec une authenticité rare : ni guide touristique, ni clichés exotiques, mais le pays vu de l’intérieur, par une “hafu” qui l’a vécu toute sa vie.
Manon ne se contente pas de lister temples et sushis : elle creuse les sensations, les paradoxes, les mots intraduisibles, les goûts, les sons et les moments qui font vraiment le Japon. Sur Substack, dans ses éditions, on passe d’anecdotes personnelles à des réflexions culturelles, en explorant joies, difficultés et surprises d’un pays fascinant qui reste souvent insaisissable malgré toute son aura.
Qu’il s’agisse de conseils pratiques pour voyager, de plongées dans des traditions méconnues ou de récits qui font sourire et réfléchir, Manon Natsumi réinvente la façon de penser et sentir le Japon — à la fois hautement personnel et universellement captivant. Une voix singulière à suivre pour tous ceux qui veulent dépasser les postcards et entrer dans le vrai Japon.
Takahata : l’émotion à fleur de dessin
La Maison de la Culture du Japon (à Paris) rend un hommage mérité à Isao Takahata, figure tutélaire de l’animation, allant bien au-delà de son rôle de cofondateur du Studio Ghibli. L’exposition, véritable plongée dans l’art de la narration, retrace la carrière du cinéaste, d’Horus, prince du Soleil à l’esthétique épurée du Conte de la princesse Kaguya. On y découvre une profusion de trésors inédits : storyboards originaux révélant la genèse de scènes cultes, dessins préparatoires du Tombeau des lucioles, et celluloïds magnifiant son approche novatrice du réalisme. Reportage sur notre chaine TikTok.
Le parcours met en lumière sa quête incessante d’une animation au service de l’humain. Une section didactique explique son processus de travail unique, notamment le passage du dessin à l’image animée, soulignant son refus du simple divertissement. Une rétrospective accompagne l’exposition du 3 au 7 février 2026. Melda Gungoroglu
Offrez-vous un cadeau Ghibli…
La Maison Ghibli prend une nouvelle ampleur à Paris. Après dix ans d’ existence sous la forme d’ un pop up annuel de 18 m2 dans le Marais, la boutique dédiée au célèbre studio japonais s’étend aujourd’hui sur plus de 120 m2 et rassemble plus de 1 000 références. Une évolution qui confirme la place particulière occupée par l’ univers de Hayao Miyazaki et Isao Takahata en France, pays historiquement sensible à leur cinéma.
La sélection privilégie les objets durables et décoratifs plutôt que les produits standardisés. Statuettes en résine, maquettes en vinyle, boîtes à musique, objets pour la maison, bijoux brodés à la main ou accessoires du quotidien composent une offre inspirée directement des films du studio. Une attention particulière est portée à l’ artisanat japonais, avec des poteries traditionnelles de style Shigaraki et des pièces en porcelaine issues de la manufacture Noritake. Reportage sur notre chaine Tik Tok.
Plus qu’une boutique, La Maison Ghibli se présente comme une expérience immersive, proche des espaces officiels japonais. 37 rue de Rivoli. 75004 Paris. Jusqu’au 4 janvier 2026. Assane Ndiaye
… ou un film
France Télévisions offre 11 chefs-d’œuvre du Studio Ghibli en décembre en streaming sur france.tv, sans abonnement requis. Au programme, des classiques qui ont façonné l’histoire du cinéma d’animation – de Mon voisin Totoro au Voyage de Chihiro, de Kiki la petite sorcière à Ponyo sur la falaise – disponibles en replay jusqu’à fin janvier 2026.
Hanabi : 7 jours pour écouter battre le cœur du Japon
Les Saisons Hanabi 2026 reviennent à partir du 28 janvier pour une semaine exceptionnelle de cinéma japonais dans plus de 200 salles : 7 films inédits, 7 jours de découvertes hors des sentiers battus. Festival itinérant et populaire, Hanabi invite spectateurs et cinéphiles à plonger dans la diversité du cinéma nippon contemporain, du grand récit humain aux émotions à fleur de peau, dans une programmation qui promet de faire vibrer tous les publics.
Le lancement aura lieu au Max Linder à Paris au cours d’une soirée Jap’ N Pop le 13 janvier. Au programme : rencontres, dégustations et projections de Love on trial (sur une idol de J-Pop poursuivie par son agence parce qu’elle est tombée amoureuse) et de La fille du Konbini (sur une jeune femme qui échappe à la pression sociale).
Ces deux films illustrent bien cette sélection qui explore la fragilité d’être soi dans la société japonaise, entre normes sociales et aspirations individuelles. On y retrouve aussi de la comédie tendre (Mon grand frère et moi) au thriller incisif (Sham), en passant par la romance atmosphérique (Sous le ciel de Kyoto) ou le drame intime (Fais-moi un signe).
Un indispensable dans sa bibliothèque
C’est la bible des amateurs et des connaisseurs! Le dictionnaire du cinéma japonais en 113 Cinéastes de Pascal-Axel Vincent retrace les destins, les films et les anecdotes qui ont fait du Japon l’une des cinématographies les plus influentes au monde entre 1935 et 1975. Avec une nouvelle introduction, des notices inédites et un top des meilleurs films selon Kinema Junpo… Jade Binet







