Il y a quelque chose d’irrationnel à payer pour être terrorisé. Et pourtant, les films d’horreur ont envahi les écrans à un rythme fou en ce début d’année. Avec 28 ans plus tard – Le Temple des Morts , Primate, Retour à Silent Hill, Send Help, Iron Lung, cela en fait presque un par semaine. Preuve que le genre horrifique et ses dérivés (slasher, survival, elevated horror, science-fiction horrifique, …) est peut-être le plus vivace du moment. Et les producteurs n’ont aucune intention de freiner. Pour les studios, l’équation est parfaite : des budgets contenus, des audiences massives, des franchises qui durent. Terrifier 3 a engrangé 32 millions de dollars pour 2 millions investis. Difficile de trouver meilleur rendement dans l’industrie.
Mais l’horreur dit aussi quelque chose de notre époque. Les monstres changent de visage selon les angoisses du moment :Yellowjackets explore le traumatisme collectif et la violence féminine refoulée, The Last of Us transforme une pandémie en méditation sur l’amour et la perte. L’horreur contemporaine ne fait plus seulement sursauter, elle interroge, elle dérange, elle reste.
Cette saison encore, le genre s’impose. Et si vous lisez cette newsletter, c’est que vous n’avez aucune envie que ça change.
The Bride! – L’horreur de la condition féminine
Qu’est-ce qu’une femme créée par et pour le regard masculin ? C’est la question que pose Maggie Gyllenhaal avec une brutalité élégante dans cette relecture politique de La fiancée de Frankenstein. The Bride n’est plus un corps inanimé qu’on ramène à la vie pour le contempler : c’est une conscience qui s’éveille et qui, sitôt éveillée, refuse le rôle pour lequel elle a été fabriquée. Ce que Maggie Gyllenhaal interroge, c’est la violence silencieuse de l’assignation.
Et c’est là où le film peut surprendre, voire dérouter. On vient chercher une romance gothique, une passion impossible entre deux créatures rejetées par le monde. Elle rend la Bride autonome plutôt qu’aimable, libre plutôt que désirable. Ce choix, courageux et assumé, est la véritable force du film. Jessie Buckley est tout simplement éclatante dans le rôle.
Formellement, la réalisatrice compose chaque plan comme une cage. Les scènes nocturnes, les pièces closes, les miroirs omniprésents créent une sensation d’étouffement progressif — renforcée par la bande originale d’Hildur Guðnadóttir, compositrice d’Her et de Joker, qui travaille l’angoisse en profondeur plutôt qu’en surface.The Bride! est en salles depuis le 4 mars.
Scream 7 : le retour de la reine
Il a failli ne jamais exister. Après une production chaotique — changements de réalisateurs, départs de têtes d’affiche, réécritures en cascade — Scream 7 est pourtant un succès en salles depuis le 25 février. Il arrive avec un symbole fort : Kevin Williamson, architecte historique de la franchise, passe pour la première fois derrière la caméra, après avoir écrit trois films. Et le grand retour de Neve Campbell.
L’intrigue est limpide : un nouveau Ghostface surgit dans la ville paisible où Sidney Prescott a reconstruit sa vie. Quand sa fille devient la prochaine cible, Sidney n’a d’autre choix que de reprendre le combat. Autour d’elle, un casting intergénérationnel réunit Courteney Cox, Jasmin Savoy Brown, Mason Gooding, Isabel May, Anna Camp et McKenna Grace; cette dernière participant au film à l’écran et dans la bande originale. Une BO signée Marco Beltrami, compositeur des quatre premiers films, de retour aussi pour l’occasion.
Sur le fond, le film s’attaque à des sujets bien contemporains : les deepfakes de “célébrités” générés par IA, la fascination des séries true crime, et l’obsession des fandoms pour théoriser la survie de personnages pourtant morts à l’écran. La franchise se regarde dans le miroir, c’est sa tradition.
On salue le retour en grâce de Neve Campbell et des séquences de tension réussies. Cependant la fin surprenante et le scénario trop dépendant de la nostalgie nous laissent un peu sur notre faim.
Pour les fans de la saga : un rendez-vous incontournable. Pour les autres : commencer par le début reste le meilleur conseil qu’on puisse donner.
De nombreuses séances événement dans vos cinémas comme à L’entr’actes à Vagney (88) qui organise un ciné-frisson le 20 mars avec un grand quiz.
Dolly — Le cauchemar maternel
Rod Blackhurst n’est pas un inconnu. Derrière le documentaire Amanda Knox nommé aux Emmy Awards (à voir sur Netflix), le court métrage Night Swim — adapté depuis par Blumhouse et le thriller Blood for Lust présenté à Deauville en 2023, il a construit une filmographie qui navigue entre tension psychologique et malaise profond. Avec Dolly, il plonge pour la première fois dans l’horreur pure. Et il n’y va pas doucement.
Prévenons d’emblée : Dolly est un film violent, frontal, qui assume pleinement son héritage slasher. Il est d’ailleurs interdit aux moins de 16 ans. Blackhurst cite lui-même Massacre à la Tronçonneue, Haute Tension d’Alexandre Aja et Calvaire de Fabrice Du Welz comme références. Le cahier des charges est respecté et les âmes sensibles sont prévenues.
Mais sous la brutalité, il y a une idée. Macy, jeune femme enlevée par une créature monstrueuse bien décidée à l’élever comme sa propre enfant, est au cœur d’un film qui interroge ce que l’amour devient quand il bascule dans la possession. Dolly n’est pas un simple prédateur sanguinaire : c’est un être brisé, habité par le deuil, dont la violence naît d’un manque d’amour radical.
Tourné en pleine forêt, avec peu de moyens et quasiment sans réseau téléphonique, le film dégage une atmosphère de conte de fées abandonné : planchers qui grincent, maison en décomposition, souffle de Dolly derrière son masque. Un cauchemar tangible, ancré dans le réel.
Présenté en avant-première au Fantastic Fest puis à Sitges, deux temples mondiaux du cinéma de genre, Dolly arrive en salles avec la légitimité de ceux qui savent à qui ils s’adressent. Pour les amateurs d’horreur sans compromis, c’est un rendez-vous à ne pas manquer. Au cinéma le 1er avril.
Le film sera projeté en avant première le 13 mars aux CGR Tours Centre (37), Rivesaltes (66), La Rochelle (17) et Cherbourg et le 27 mars aux UGC Ciné Cité Paris et Ciné Cité Bercy.
Mārama — La pépite venue du bout du monde
Mārama fait l’effet d’une gifle. Venu de Nouvelle-Zélande, ce premier long métrage de Taratoa Stappard s’impose comme l’une des découvertes les plus singulières du cinéma de genre de ces dernières années. Le pitch : Yorkshire du Nord, 1859. Mary Stevens, une femme maorie, arrive dans un manoir isolé pour percer le mystère de ses origines. Ce qu’elle y trouve va réveiller bien plus que des secrets de famille.
Avec ses couloirs lugubres, visions ancestrales, atmosphère d’étouffement progressif, Mārama est un film gothique, au sens le plus noble du terme. Mais il est surtout quelque chose de rare : un film d’horreur habité par une vraie nécessité. Le réalisateur, né d’une mère maorie et d’un père du Yorkshire, a construit ce récit comme un acte intime et politique. La violence coloniale n’est pas un décor, elle est le vrai monstre du film. Et la vengeance, ici, a quelque chose de profondément cathartique.
Ariāna Osborne, dans le rôle principal, est une révélation. Sa transformation au fil du film, de femme contrainte par les codes de l’Angleterre victorienne à guerrière pleinement habitée par son identité maorie, se lit jusque dans sa robe rouge qui, de dîner en combat, devient une armure.
Et puis il y a la musique. Composée par Karl Sölve Steven et Rob Thorne, elle est tout simplement remarquable — enveloppante, inquiétante, profondément enracinée dans les sonorités maories. Elle accompagne le film comme un esprit, et finit par hanter longtemps après la sortie de la salle.
Mārama, c’est un film qui fait exactement ce que le meilleur du genre sait faire : terrifier et… émouvoir. Sortie le 22 avril.
Vous pourrez voir ce film en avant première à au cinéma La Turbine à Cran-Gevrier (74) le 13 mars dans le cadre de la nuit fantastique, au Fauteuil Rouge à Bressuire (79) le 13 mars également (en complément de Scream 7 pour un Vendredi de l’horreur), et au Théâtre Ephémère d’Alès (30) le 26 mars dans le cadre du très inspiré Festival Itinérances.
Festival – Toulouse célèbre l’épouvante
Rendez-vous incontournable pour les amateurs de sensations fortes, le festival Grindhouse Paradise fait son grand retour à Toulouse. Du 22 au 26 avril, le cinéma American Cosmograph vibrera au rythme du cinéma de genre : horreur, fantastique, science-fiction, thrillers déviants et pépites indépendantes.
Les préventes commencent le 9 mars. Marquez dans vos tablettes, la présentation de la programmation du festival le 19 mars (entrée gratuite) à l’American Cosmograph suivie de la projection de Redux Redux (tarifs habituels du Cosmo) en partenariat avec Shadowz.
En salle – Les rendez-vous de l’horreur
Nombreuses sont les salles qui offrent des rendez-vous réguliers aux fans du genre.
Les vendredis de l’horreur : Chaque mois, les cinémas Pathé proposent une avant-première ou une séance spéciale dédiée au cinéma de genre. Le rendez-vous a déjà accueilli Retour à Silent Hill, Iron Lung ou encore Primate. Le prochain est fixé au vendredi 3 avril avec Wedding Nightmare: deuxième partie.
Hurlequin à l’Arlequin (Paris) : 6 fois par an, le journaliste et podcasteur Nicolas Martin propose un ciné club de l’horreur. Parmi les derniers films projetés: Que ton règne vienne (en avant-première avec équipe) ou Le loup-garou de Londres.
Le cycle “Aux Frontières” du Mèliès (Montreuil): le 7 mars, venez redécouvrir l’un des rôles emblématique de Christian Bale avec la projection d’American Psycho de Mary Harron, présentée par Judith Berlanda-Beauvallet de la chaîne Demoiselles d’Horreur. Interdit -16 ans.
Shadowz — La VOD qui vous effraie
Pour les amateurs du genre qui en ont assez de chercher leurs films d’horreur entre deux comédies romantiques sur les grandes plateformes, il existe une alternative française, discrète mais redoutablement efficace : Shadowz.
Lancée en 2020 par VOD Factory, Shadowz se revendique comme la première “plateforme de screaming française”. Plus de 500 films d’horreur, fantastique et thriller, sélectionnés par une équipe de passionnés, avec de nouvelles pépites ajoutées chaque vendredi et deux films totalement inédits chaque dernier vendredi du mois.
Le catalogue couvre toutes les époques et nationalités : des classiques indétronables, des exclusivités jamais sorties en salles en France, des sélections thématiques pointues par sous-genres — gore, slasher, survival, giallo, woman power — ou par réalisateurs comme Alexandre Aja ou Xavier Gens.
L’abonnement est à 4,99 € par mois, avec 7 jours d’essai gratuit. Disponible sur tous les écrans, et accessible également via Amazon Prime Video, les Freebox et les TV Orange.
Lost média – Une série dans les abysses du net
Huit histoires, un seul secret qui se dévoile progressivement. Cette série, créée par Timothée Hochet et Lucas Pastor, s’empare d’un phénomène bien réel : les lost media, ces fichiers vidéo perdus, oubliés ou censurés qui alimentent depuis des années une culture de la chasse au trésor numérique sur internet. Huit épisodes, huit fichiers qui refont surface : des images de surveillance chez un jeune couple, une silhouette captée par la NASA sur un astéroïde, un tutoriel de magie qui déraille. Chacun plonge dans les abysses mentaux d’un personnage différent, explorant un trouble psychique spécifique avec un traitement audiovisuel qui lui est propre : émission télé, vlog, live stream…
Ce qui distingue Lost Media des séries d’horreur classiques, c’est son obsession du réalisme formel. Chaque épisode reproduit fidèlement l’esthétique de son média d’origine — images dégradées, sons saturés, grain d’époque. On ne regarde pas une reconstitution, on a l’impression de visionner une archive qu’on n’aurait pas dû trouver. Le casting mêle des visages familiers comme Alison Wheeler, Kad Merad en voix off, Stéphane Malassagne vu dans L’Effondrement à des talents plus discrets, ce qui renforce encore l’effet d’étrangeté.
Lost Media, 8 épisodes de 12 minutes, sur Canal+ à partir du 14 mars. Disponible en intégralité sur l’app.
Retro – Le Nosferatu d’Herzog
En 1979, Werner Herzog relevait un défi vertigineux : s’attaquer au mythe fondateur du cinéma d’horreur en rendant hommage au Nosferatu de Murnau tout en y insufflant sa propre vision, mélancolique et hypnotique. Klaus Kinski hante littéralement ce Nosferatu, fantôme de la nuit tandis que la partition de Popol Vuh recouvre chaque plan d’un épais voile de mystère nous embarquant aux confins de la Transylvanie. Isabelle Adjani est hypnotisante de beauté. Un classique injustement sous-estimé à sa sortie, à revoir en salles depuis le 25 février, en version restaurée 4K.






