L’animation n’a jamais été aussi libre. Ce que ce numéro d’Intervistar illustre, film après film, c’est l’étendue d’un medium qui va de Pixar à Hosoda, du manga culte au documentaire expérimental, de l’aventure grand spectacle à la méditation philosophique. L’animation n’est plus, depuis longtemps, un genre réservé aux enfants. C’est un langage, capable de dire ce que le cinéma en prises de vues réelles ne peut pas toujours atteindre. La preuve cette semaine avec huit films qui n’ont rien en commun, sinon l’ambition.
Le meilleur Pixar depuis longtemps
Pixar retrouve une liberté de ton rare et bienvenue. Le postulat de Jumpers tient du thriller d’espionnage et de la comédie de situation où, [attention spoilers] une étudiante transfère sa conscience dans un castor-robot pour infiltrer le monde animal et sauver une clairière menacée. La violence inhérente au règne animal y est montrée avec une désinvolture réjouissante qui parle aux adultes autant qu’aux enfants. Le style graphique, plus stylisé que le réalisme habituel du studio, évoque par moments la sérénité d’un Ghibli. Et l’humour reste d’une efficacité constante se mêlant avec une douce mélancolie qui provoque des émotions contrastées. C’est la belle surprise de ce mois et c’est en salles depuis le 4 mars. Et pourquoi pas le déguster autour d’un ciné goûter le 14 mars au CGR Cholet (49) ou le 18 mars au cinéma de Locminé (56) ?
Dans l’espace, personne ne vous entend rire
Project Dernière chance n’est pas un film d’animation. Mais derrière la caméra, Phil Lord et Chris Miller — cerveaux de Spider-Man : Into the Spider-Verse — apportent au film de science-fiction exactement ce qu’ils ont fait à la franchise de super-héros: une énergie formelle et un humour qui dynamitent les conventions du genre. Ryan Gosling, seul à l’écran pendant une large partie du film, livre une performance d’une drôlerie et d’une précision rares. Le récit d’Andy Weir, adapté par Drew Goddard, fait le reste. En salles le 18 mars.
Si vous ne pouvez pas attendre pour découvrir ce coup de coeur, des avant-premières ont lieu dans toute la France le 15 mars: au Grand Club de Gien (45), au Cinéma Studio 31 de Chessy (77), au Ciné Operaim de Reims (51), au ciné Pévèle de Templeuve (59), au ciné Leman de Thonon les Bains (74), aux Tourelles à Vouziers (08)…
La vengeance animée
Après Miraï ma petite soeur et Belle, Mamoru Hosoda confirme avec Scarlet et l’éternité qu’il est un maître du genre. Le récit, librement inspiré d’Hamlet, prend le prétexte de la vengeance pour méditer sur la possibilité de rompre le cycle de la haine. Hosoda filme cette énergie destructrice avec un monde des morts chaotique, parfois liquide, aux paysages qui ondulent. C’est hypnotique. L’animation mélange numérique, esthétique picturale, 2D et 3D pour créer un univers qui semble respirer, contemplatif, philosophique, audacieux dans sa manière d’interroger la violence. A la fois épique et introspectif. Bref, un must-see, en salles depuis le 11 mars. Le CGR de Périgueux (24) propose une introduction à l’univers de Mamoru Hosoda le 25 mars. Et Le Trianon à Romainville (93) un atelier dessin manga autour du film le 12 avril.
Le cinéma comme microscope
Difficile de ranger Planètes dans une case. Momoko Seto compose un film d’animation en prises de vues réelles de végétaux et de matières organiques filmées en macro, auxquelles elle superpose des personnages animés. Le résultat ressemble à rien de connu. Ce qui fascine ici, c’est la matière elle-même, vivante, étrange, presque extraterrestre. Une découverte de la Semaine de la Critique. En salles depuis le 11 mars.
Le Syndicat Francais de la Critique de Cinéma organise une tournée de présentation du film le 14 mars à Marmande (47) au Plaza, le 22 mars au Marlymages de Marly (59), le 2 avril au Ptit Casino de Saint Aignan (41), le 3 avril au Balzac à Chateau Renault (37), le 12 avril à Langeais (37) dans l’Espace JL Anglade et le 18 avril à Port Vendres (66), au Vauban et à Argelès sur Mer (66) au Jean Jaurès. Le Musée des Confluences à Lyon organise une prise de parole d’Aurélie Viallette, biologiste à l’ENS de Lyon, le 9 avril.
Lupin III, acte final
Depuis 1996, la saga Lupin III n’avait pas connu de long-métrage en 2D — La Lignée Immortelle comble ce vide avec un film choral qui donne à chaque acolyte du gentleman cambrioleur sa scène de gloire. Takeshi Koike, qui signe là la conclusion d’un cycle de spin-offs commencé en 2014, lorgne vers le film de genre avec des antagonistes post-apocalyptiques et une île mystérieuse hors de toutes les cartes. Un film pour les fans avant tout. En salles le 25 mars.
La Bible en chantant
Aux États-Unis, le segment faith and family est devenu l’un des paris les plus sûrs du box-office, David (tiré de l’Ancien Testament) en est la dernière illustration. C’est Saje Distribution, spécialiste des films d’inspiration chrétienne, qui l’amène en France. Réalisé par les Sud-Africains Phil Cunningham et Brent Dawes, le film suit l’ascension du berger David jusqu’au trône d’Israël et fait le choix audacieux de privilégier la lente déchéance du roi Saül au combat mythique contre Goliath. Il y a une filiation certaine avec Le Prince d’Égypte. La comédie musicale prend son envol dès que David devient adulte, portée par des chansons qui restent en tête. En salles le 18 mars. Et pour les plus impatients, avant-première le 15 mars au Kinepolis de Lomme (59).
Voir et revoir Persepolis
Que ce film, porté par la voix des femmes iraniennes, leur résistance et leur lucidité face à un régime qui les efface, puisse encore déranger en 2026 en dit plus long sur notre époque que sur lui-même. Persepolis reste un film indispensable. Marjane Satrapi y raconte sa propre enfance et adolescence dans l’Iran de la révolution islamique. Le noir et blanc, avec un graphisme hérité de sa bande dessinée, transforme la mémoire intime en épopée collective. A découvrir en VOD. Et sur grand écran: le 14 mars au Zola de Villeurbanne dans le cadre de la nuit du cinéma organisée par les étudiants du DPACI de Lyon 2 et le 16 mars dans le cadre du ciné club de la CNT (Confédération Nationale du Travail) à Paris 8 (salle A2 201 de l’université).
Bientôt l’Oscar ?
Si vous avez loupé Arco (César 2026 du meilleur film d’animation), rassurez-vous, il débarque en DVD et VOD. A cette occasion, la boutique Potemkine (Paris) organise le 3 avril à 18h30, une rencontre avec le réalisateur du film, Ugo Bienvenu. L’occasion de revenir sur la folle aventure du film, du Festival de Cannes aux Oscars où le film concourt pour la statuette du meilleur film d’animation. Réponse: le 15 mars dans la nuit !
Des festivals incontournables
Etre en prise avec la richesse de la création de l’animation française, c’est le pari du Festival National du Film d’Animation de Rennes depuis 1983. Du 7 au 12 avril, découvrez plus de 130 œuvres comme Allah n’est pas obligé, Les Légendaires ou Les Contes du Pommier. Qui succédera à La plus précieuse des marchandises de Michel Hazanavicius pour le prix André-Martin du long métrage ? Réservations à partir du 25 mars. Et pour les amateurs de courts, ces petites pépites qui permettent de découvrir les talents de demain, rendez-vous du 16 au 22 mars à Roanne (42) pour la 17e édition du Festival international du court métrage d’animation. 220 films, des expositions, des spectacles et même des ciné concerts.








