Autobiographies, révélations et films cultes

Par Sophie Benamon

Nouvelle année, nouveaux rituels cinéphiles.

En 2026, j’ai envie de revenir aux sources : écouter celles et ceux qui font le cinéma, non seulement à travers leurs films, mais à travers leurs propres mots. D’où mes deux bonnes résolutions : lire davantage d’autobiographies d’acteurs, d’actrices, de cinéastes… et rencontrer plus de monde, dialoguer, débattre dans un ciné-club, laisser résonner des voix vivantes.

Cette semaine, Intervistar ouvre le bal en mettant en avant cinq autobiographies qui racontent le cinéma de l’intérieur : les débuts, les ratés, les fulgurances, les routes sinueuses.

Et pour prolonger ces lectures, je vous propose aussi une sélection de ciné-clubs, projections, sorties ciné/DVD et événements directement en écho à ces récits. Des rendez-vous qui permettent de faire dialoguer les pages avec les salles en retrouvant ces artistes, leurs films, leurs thèmes, leurs univers.

Parce que lire une vie de cinéma, c’est déjà entrer en conversation. Et sortir la partager, c’est encore mieux.

Bienvenue dans cette nouvelle année d’Intervistar : curieuse, collective, vivante.

Les coulisses du Splendid, version album de famille

Balasko, Blanc, Chazel, Clavier, Jugnot, Lhermitte et Moynot se racontent enfin comme on en rêvait : en chœur, en vrille, en rupture de ban. Dans Le Splendid par le Splendid, nous sommes tant marrés! (Ed. Cherche-Midi), leur histoire défile comme un best of de la comédie française, mais vue de l’intérieur — les débuts fauchés, les paris fous, les amitiés qui tiennent debout même quand tout vacille. Sous la baguette malicieusement précise de Jean-Pierre Lavoignat, photos perso et souvenirs cultes s’assemblent en un album vibrant, drôle et terriblement vivant. Evénement de l’hiver 2024, le livre est resorti cet hiver en version collector avec 16 pages supplémentaires d’hommage à Michel Blanc et de photos inédites. Faites une bonne action : les droits d’auteur des artistes sont reversés à la Fondation pour la Recherche Médicale.

Si les films du Splendid passent régulièrement à la télé, comme en témoigne le récent carton du Père Noël est une ordure, les oeuvres réalisées par les membres de la troupe sont plus rares. Pour ce début d’année, le ciné-club Canétoiles au Canet en Roussillon a l’excellente idée de projeter le 8 janvier, Grosse Fatigue de Michel Blanc, comédie-miroir où l’acteur affronte un sosie qui vampirise son image et interroge, avec la troupe du Splendid, les dégâts d’une célébrité écrasante. La séance est suivie d’une discussion avec le compositeur de la musique du film, René-Marc Bini. Et pour poursuivre l’exploration côté Balasko, la collection consacrée à l’actrice et réalisatrice chez Rimini Editions s’enrichit en février de deux titres Les Keufs et de Signes extérieur de richesse après Les Hommes préfèrent les grosses, Sac de nœuds et Nuit d’ivresse.

Partager

Cynthia Erivo : avant Wicked, le chemin

Dans Simply More, Cynthia Erivo organise son récit en courts chapitres qui fonctionnent presque comme des scènes : précis, centrés, parfois abrupts. Elle y examine la construction d’une identité artistique qui navigue entre théâtre, cinéma et musique, et montre comment chaque discipline nourrit l’autre. Le livre revient sur quelques jalons décisifs comme l’apprentissage de la partition de Wicked bien avant d’incarner Elphaba, ou la manière dont des amitiés professionnelles, comme celle nouée avec Ariana Grande, deviennent des leviers créatifs. Dans cette autobiographie pour l’instant seulement disponible en anglais (ed. Macmillan), Erivo aborde aussi des sujets plus intimes tels que l’absence du père, les injonctions au « trop » ou « pas assez », qu’elle analyse comme des forces structurantes de son travail. Sans s’ériger en modèle, elle propose une réflexion sur la persévérance, l’exigence et le droit de se réinventer.

Cette lecture de Simply More résonne d’autant plus fort que Cynthia Erivo est en pleine awards season avec une nomination aux Golden Globes 2026 pour son rôle d’Elphaba. La cérémonie est diffusée ce 11 janvier sur Canal+. Wicked: Partie 2 poursuit d’ailleurs sa carrière dans les salles française où il est encore à l’affiche de plus de 80 salles. Le 28 janvier 2026, Wicked: Partie 2 est également à l’honneur du Festival du Film Musical de Suresnes, dont la programmation éclectique met en avant 20 films, cinq avant-premières, un film inédit, trois rencontres, et des animations.

Laissez un commentaire.

Le panache Rappeneau

On attendait ses mémoires depuis des années : Jean-Paul Rappeneau, l’un des rares cinéastes capables d’allier panache, vitesse et romanesque à la française, raconte enfin son parcours. Auteur de seulement huit films en soixante ans – mais quels films ! –, Rappeneau a marqué le paysage cinématographique national de La Vie de château à Cyrano de Bergerac, en passant par Le Sauvage et Le Hussard sur le toit. Dans A vive allure (ed. Grasset), coécrit avec Kéthévane Davrichewy, il déroule une vie de cinéma faite de collaborations flamboyantes (Deneuve, Belmondo, Depardieu, Adjani), d’essais, d’hésitations et de trouvailles. On y découvre des choix de casting inattendus, des scènes qui ont failli ne jamais exister, et surtout une méthode de travail fondée sur l’écriture, la précision et l’énergie. Mais le plus précieux est peut-être le portrait d’un artisan majeur : un cinéaste discret mais central, dont chaque film a façonné l’imaginaire collectif. Avec ces mémoires, c’est une pièce essentielle du puzzle du cinéma français qui se met enfin en place.

Et voici deux occasions parfaites pour faire dialoguer la lecture des mémoires et la projection des œuvres et mesurer, en salle, ce qui fait le style Rappeneau : le souffle, la comédie, l’élan. Le 9 janvier à 19h30 : le Robespierre et la bibliothèque Nelson-Mandela de Vitry-sur-Seine projettent Les Mariés de l’an II, suivi d’un échange avec Claudine Le Pallec Marand, enseignante en cinéma à l’Université Paris 8. Le 15 janvier à 18h30 : à Bastia, le ciné-club In Bastia propose Cyrano de Bergerac au Centru culturale Alb’Oru, dans le cadre du spectacle Cyrano 5040.

Partager Intervistar

Looking for Pacino

Dans Sonny Boy qui vient de sortir en poche (ed. Points), Al Pacino ouvre grand la porte de sa vie et de sa carrière, non pour livrer du gossip mais pour éclairer ce qui aiguise un acteur. Pacino raconte son hésitation à accepter Un après-midi de chien, trop épuisé après Le Parrain 2, son addiction à l’alcool, ses dissensions avec les cinéastes. Il est honnête sur ses échecs, face aux défis personnels et à la célébrité et même à l’obligation de tourner dans des navets quand il était ruiné. Sonny Boy est une méditation intime et cinéphile sur un métier façonné par l’engagement, la persévérance et l’amour de l’art.

Et comme la lecture appelle l’envie irrésistible de revoir les chefs d’oeuvres évoqués, ne résistez pas : Aix-en-Provence poursuit son cycle Coppola à l’Institut Image avec la trilogie du Parrain jusqu’au 1ᵉʳ février, un terrain idéal pour revisiter une des pierres angulaires de la filmographie de Pacino. À Gennevilliers, la version restaurée de Heat est projetée le 11 janvier à 17h30 par l’association Vigo pour Tous au cinéma Jean Vigo, une plongée dans la rafale stylistique du cinéma d’action des années 90. Enfin, Scarface retrouve son écrin culte les 18 et 19 janvier au Cinéville de La Roche-sur-Yon dans le cycle « Films à voir une fois dans sa vie », offrant au public l’occasion d’expérimenter sur grand écran l’une des incarnations les plus iconiques de Pacino.

Vous voulez être informé chaque semaine de ce qui est tendance dans l’actualité cinéma / séries/ VOD?

Dans le cercle rouge: une leçon de cinéma

Ce qui frappe dans le récit de Bernard Stora, Dans le cercle rouge (éditions Denoël), c’est la manière dont un tournage devient une véritable école de cinéma. À partir des feuilles de service du Cercle rouge de Jean-Pierre Melville, celui qui fut premier assistant recompose non pas un making-of, mais une machine pédagogique : comment une équipe fonctionne, comment un décor s’impose, comment un acteur, et pas des moindres (Delon, Bourvil, Montand), fait dévier une journée entière. On y observe le génie et les dérives d’un cinéaste autoritaire et génial, les tensions d’une production ambitieuse, mais surtout la formation d’un regard : celui d’un jeune assistant qui apprend à cadrer, à écouter, à survivre aux crises et à comprendre ce que « diriger » veut dire. C’est ce mélange de précision technique, de psychologie en coulisses et de chaos créatif qui fait de ce livre une leçon de cinéma vivante, parfois drôle, souvent impitoyable, toujours captivante.

Et pour prolonger la lecture par l’expérience collective, la Cinémathèque programme Le Cercle rouge le dimanche 1ᵉʳ février 2026 à 14h30, suivi d’un dialogue avec Bernard Stora, animé par Frédéric Bonnaud. Une rencontre idéale pour confronter le livre à l’écran et entendre Stora revenir, en direct, sur ces soixante-six jours de cinéma sous haute tension. La séance sera suivie d’une signature à la librairie dès 18h.

Catégories :

Uncategorized