Le cœur de la compétition commence à battre. Dominik Moll en grande forme, un film de minuit ovni, et la révélation Sirât qui déchire la salle en deux.
18h30 : Dossier 137 – Dominik Moll · Compétition officielle

Un thriller politique implacable. Dominik Moll est en grande forme. Après La Nuit du 12, le réalisateur français revient avec un film de procédure haletant sur les violences policières lors des manifestations des Gilets jaunes. C’est tendu, maîtrisé, jamais démagogique. Moll a le don de rendre palpitant ce qui devrait être aride. Le film part d’un fait divers : un jeune manifestant grièvement blessé par un tir de LBD pendant une manifestation. Ce qui aurait pu rester un dossier parmi d’autres se transforme peu à peu en quête personnelle parce que la victime vient de la même ville natale que l’inspectrice de l’IGPN (interprétée par Léa Drucker), parce que les témoignages s’accumulent, les vidéos aussi, les doutes, les questions.
Dominik Moll, avec sa rigueur habituelle, évite autant que possible le sensationnalisme. Il mise sur le réel : les caméras de surveillance, les rapports officiels, le face-à-face avec les témoins, l’épuisement moral de celle qui enquête. On suit la policière dans les interrogatoires, dans ses silences. La sélection française en compétition est, pour l’instant, à la hauteur de nos attentes.
21h30 : Sirât – Oliver Laxe · Compétition officielle

Une révélation. On n’en attendait pas autant et c’est précisément pour ça que la claque est si forte. Oliver Laxe plonge dans le désert marocain avec une radicalité formelle stupéfiante. Sirât est un film sensoriel, presque mystique, une quête intérieure et sensorielle déroutante. Un père et son jeune fils traversent le désert marocain, à la recherche de leur fille et sœur disparue au cœur d’une rave, et plongent dans une odyssée qui devient autant spirituelle que physique. La photographie immersive de Mauro Herce et la bande-son électro énigmatique de Kangding Ray nous saisissent dès les premières notes, transformant la séance en véritable transe collective. Sirât n’est pas seulement un objet esthétique, c’est aussi une réflexion profonde sur la modernité, la crise climatique et le besoin d’alternatives et le désarroi humain. Oliver Laxe (Mimosas, la voie de l’Atlas, Viendra le feu) confirme avec cette œuvre sa singularité en tant que créateur visuel et sonore, prêt à repousser les limites et à bouleverser ceux qui s’aventurent dans son univers.
00h15 : Dalloway – Yann Gozlan · Hors compétition – Séance de minuit

Minuit, le Palais, et une réflexion sur l’IA portée par la voix de Mylène Farmer. La nuit idéale. Les séances de minuit de Cannes ont cette réputation : proposer l’inattendu, le film qu’aucune autre section n’aurait osé programmer. Yann Gozlan (Boîte noire, Un homme idéal) change radicalement de registre et livre une œuvre de science-fiction qui vient titiller notre crainte la plus actuelle: être remplacé par une IA. Le sujet: une romancière en rupture d’inspiration venue chercher le calme et le remède à la page blanche dans une résidence pour artistes high-tech. Cécile de France est cette femme aux prises avec ses angoisses et son passé, confiant sa vie à l’IA d’appartement censée lui faciliter la vie. La suite, vous l’imaginez… Et bien c’est pire que dans vos craintes. Pour les aficionados de ChatGPT.
