Plaidoyer pour Laurent Lafitte

Par Sophie Benamon

Plaidoyer pour un acteur qui, depuis des années, construit patiemment une carrière sans trajectoire évidente. Plaidoyer pour un artiste capable de passer du boulevard au drame social, du musical au film d’auteur, du second degré à la tragédie, sans jamais donner l’impression de changer de costume;

Et plaidoyer, surtout, pour que cette année exceptionnelle trouve son point d’orgue aux César. Parce que certaines récompenses ne servent pas seulement à consacrer un rôle : elles viennent reconnaître un moment. Une dynamique. Un cap franchi.

Cette année, Laurent Lafitte n’a pas seulement été partout. Il a été juste, audacieux, surprenant. Bref : il a été, tout simplement, un grand acteur de cinéma. Et il serait temps que la statuette le confirme.

Alter Ego : et si vous étiez la pire version de vous-même ?

© Tandem

Laurent Lafitte s’offre un tour de force jubilatoire dans ce nouveau film signé Nicolas & Bruno. Il y incarne Alex, homme tranquille dont l’existence bascule le jour où son nouveau voisin s’avère être son sosie parfait — avec des cheveux en plus. Double performance confondante : Lafitte joue les deux rôles avec une précision d’horloger, alternant l’homme avachi, complexé et touchant, face à un Axel irréprochable qui se révèle rapidement être une belle tête à claques. Deux corps, deux postures, deux regards — le même acteur. Pour y parvenir, il a rasé son crâne, modifié sa voix, sa démarche, son rapport à l’espace. Le résultat est bluffant : on oublie le dispositif pour ne voir que les personnages. Nicolas & Bruno ont construit autour de lui une mise en scène épurée, sans effets numériques, laissant toute la place au jeu. Un casting solide — Blanche Gardin, Olga Kurylenko, Marc Fraize, Zabou Breitman — vient nourrir cette comédie névrotique aux accents de thriller paranoïaque sur l’obsession de réussir sa vie. Sélectionné à Gérardmer et à L’Alpe d’Huez, Alter Ego confirme que Lafitte est l’un des acteurs français les plus complets de sa génération. Sortie le 4 mars.

C’est notre coup de coeur et vous pourrez le voir en avant-première en présence de l’équipe du film le 27 février à l’UGC La Défense, le 2 mars au MK2 Bibliothèque, et à l’UGC Ciné Cité Les Halles. Le jour de la sortie l’équipe sera au Pathé Convention à 16h45.

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Lafitte en prédateur magnifique

© Manuel Moutier / Recifilms/Versus Production

Dans La Femme la plus riche du monde, Thierry Klifa transpose l’affaire Bettencourt sur grand écran avec un parti pris audacieux : en faire une farce vaudevillesque. Laurent Lafitte en est un des moteurs. Il incarne Pierre-Alain Fantin, double fictionnel de François-Marie Banier — ce photographe mondain qui s’était lié à Liliane Bettencourt et avait extrait près d’un milliard d’euros de la femme la plus riche de France. Sa performance remarquée lui vaut une nomination aux César pleinement méritée. Pour nous, c’est lui qui doit l’obtenir! Vulgaire, grandiloquent, fascinant et ignoble, Lafitte débarque dans le monde feutré de la haute bourgeoisie comme un bulldozer sur un site archéologique. Il compose un personnage à la Tartuffe doublé d’un Dom Juan — manipulateur flamboyant mais prisonnier de lui-même, escroc peut-être sincère. Face à une Isabelle Huppert impériale dans la retenue, il joue tous les excès avec une délectation communicative. Le film est disponible en DVD et en VOD.

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César 2026 : on a tout préparé pour vous

Où regarder les César?

La cérémonie des Césars présentée par Benjamin Lavernhe, est diffusée sur Cstar (Canal 17 de la TNT), l’application Canal+ (à télécharger gratuitement) ou la chaîne 40 sur les box.

Vivre la cérémonie en direct

Se retrouver entre passionnés, boire un verre comme au before de l’Olympia , c’est l’expérience que propose plusieurs salles : Au bar du Louxor à Paris, au cinéma de Mèze ou au Grand Écran Vichy. Entrée gratuite et verre offert.

Voir les courts métrages nommés

Le court métrage, c’est souvent là où se révèlent les talents de demain — une bonne raison de ne pas les manquer. Les 26 et 27 février, de nombreux cinémas proposent des séances spéciales pour découvrir les courts métrages nommés. Ainsi, au 220 de Brétigny-sur-Orge, au Casino de Villiers-sur-Marne, au Méliès de Pau et à l’Eldorado de Saint-Pierre-d’Oléron, comptez entre 8 et 9 euros la séance. Les les CGR de Troyes, Carcassonne, Cholet, Beauvais et Cherbourg les proposent quant à eux à 5 euros.

Reprise

Qu’ils soient primés ou non, certains films nommés reviennent dans vos salles. Nouvelle Vague ressortira en salle à travers la France à partir du 25 février. Les MK2 Parnasse et Beaubourg proposent jusqu’au 3 mars une sélection de films nommés.Le Burma de Montpellier projettera L’inconnu de la grande arche le 27 février à 21 et le 2 mars à 16h, Dossier 137 le 2 mars à 20h15 et L’Attachement le 1er mars à 20h50. Et l’Alhambra Marseille diffusera La petite dernière le 28 février à 18h, Dossier 137 le 28 février à 20h30, Le chant des forêts le 1er mars à 14h, Arco le 1er mars à 16h et L’étranger le 1er mars à 18h.

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La cage aux folles: Lafitte libéré

© Thomas Amouroux

Après son triomphe au Châtelet en décembre, La Cage aux folles revient à la Seine Musicale du 30 octobre au 14 novembre 2026 — et c’est une occasion à ne pas manquer. Dans cette version musicale signée Olivier Py, sur des musiques de Jerry Herman, Laurent Lafitte incarne Albin/Zaza avec une liberté totale. Pas question d’imiter Serrault : il invente un personnage moins fragile, plus souverain, qui fait de chaque numéro un acte de définition de soi. Sa version de “I am what I am” – J’ai le droit d’être moi – nous donne encore des frissons. La scène lui offre une ampleur que la caméra n’autorise pas et il la remplit entièrement. Festif et profondément politique, le spectacle rappelle aussi pourquoi La Cage aux folles n’a rien perdu de son actualité.


A rattraper: Classe moyenne

© Tandem

Présenté à la Quinzaine des cinéastes à Cannes et sorti en septembre dernier, Classe moyenne mérite qu’on lui consacre une soirée. Il est disponible en VOD et DVD. Dans cette comédie sociale au vitriol, Lafitte campe Philippe, avocat parisien en vacances dans sa villa du Sud — suffisant, condescendant, convaincu de sa propre bienveillance tout en traitant ses employés comme du mobilier. Un personnage odieux dont il savoure chaque détail avec une précision jouissive. Ce qui frappe, c’est la distance qu’il parvient à installer entre le personnage et le spectateur, tout en maintenant une mécanique comique implacable. On rit, on se reconnaît, on se déteste un peu. Revoir ce film après Alter Ego permet de mesurer quelque chose de rare : un acteur capable de tout jouer, dans des registres radicalement opposés, sans jamais se répéter ni se trahir.


Le Quatrième mur : Lafitte au dépouillement

© 2023 Eliph Productions-Rhamsa Productions-Move Movie- Amour Fou Luxembourg-Panache Productions-La Compagnie Cinématographique-L’Emissaire de Baal

Sorti en janvier 2025, Le Quatrième mur est peut-être le film le plus inattendu de la trajectoire récente de Lafitte — et le plus précieux. Adapté du roman de Sorj Chalandon, prix Goncourt des lycéens, le film le plonge dans le Beyrouth déchiré de 1982. Son personnage, Georges, metteur en scène idéaliste, tente l’impossible : monter Antigone sur la ligne de front, avec des acteurs issus des communautés qui s’entretuent. Loin de toute comédie, Lafitte y compose un homme pudique, épuisé par ses propres convictions, qui avance sans certitude dans un monde qui a renoncé aux siennes. Sobre, tendu, habité, il livre une performance à contre-courant de tout ce qu’on lui connaît. En le voyant ici, on commence à saisir l’étendue d’un acteur capable de tout jouer, sans jamais se répéter. Le film est disponible en DVD et VOD.


Deux recommandations pour cette semaine

Is This Thing On? de Bradley Cooper

© 2025 Searchlight Pictures

Troisième film derrière la caméra pour Bradley Cooper, et sans doute le plus modeste. Alex, la cinquantaine fatiguée, voit son mariage se défaire à petit feu et se retrouve un soir à monter sur scène dans un bar de New York pour s’essayer au stand-up. Will Arnett porte le film avec une justesse désarmante, secondé par une Laura Dern qui rend son personnage aussi complexe que le sien. Cooper choisit la retenue là où on attendait le grand geste, et le film en gagne en humanité ce qu’il perd parfois en rythme. Il filme les visages au plus près, et nous touche au coeur. Une comédie dramatique sur la reconstruction de soi, sincère et attachante.

Rue Málaga de Maryam Touzani

Après Le Bleu du Caftan, la cinéaste marocaine revient avec un film solaire et radical. Maria Angeles, 79 ans, vit seule à Tanger dans l’appartement de toute sa vie. Sa fille débarque de Madrid avec l’intention de le vendre. Ce qui aurait pu être un simple récit de dépossession devient, sous la caméra de Touzani, quelque chose de bien plus inattendu : une histoire de désir retrouvé, de corps qui résistent, de vieillesse enfin regardée en face. Carmen Maura est bouleversante. Présenté à la Mostra de Venise 2025, Rue Málaga est la belle surprise de la semaine.

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