Science ou Fiction

Par Sophie Benamon

Stranger Things, Bugonia, Avatar, Pluribus… Derrière les monstres et les portails dimensionnels, ce sont nos angoisses très terrestres – l’adolescence, le déracinement, la violence – qui s’agitent. L’exploration spatiale n’est plus un mythe mais un enjeu culturel, politique et éthique. Ce qui frappe, dans ce moment où se croisent séries, films, festivals et installations, c’est que la science-fiction a cessé d’être un simple refuge. Elle est devenue une langue commune pour parler de ce qui nous inquiète, de ce qui nous inspire, et surtout de ce que nous pourrions devenir. En regardant vers les étoiles, on ne s’évade plus seulement : on se découvre.

Pourquoi la saison 5 de Stranger Things divise

et pourquoi ça vaut le coup de la regarder

L’angoissant Upside Down de Stranger Things © 2025 Netflix.

Quand une série relance la carrière de Kate Bush, inspire des nuits à thème dans le monde entier et crée des icônes instantanées, ce n’est pas juste un succès : c’est un marqueur de génération. La dernière saison de Stranger Things apporte-t-elle une résolution claire du conflit avec le Monde à l’Envers? Pas pour l’instant, mais les Duffer Brothers ont promis un final “à grande échelle”. Hawkins est déjà au bord du collapse. On veut un chaos total, assumé.

En tout cas, ces quatre premiers épisodes marquent le retour du ton Spielberg + King. Cette alchimie a fait le charme de la série. Elle a réinjecté l’esthétique 80’s dans le mainstream, de Carpenter à ET, jouant sur l’enfance, la peur, le mystère, en montrant que ces codes pouvaient parler à un public contemporain. Le cocktail jeunes héros + paranormal + monstres lovecraftiens est bien présent. Certes, il ne surprend plus autant, mais la recette qui a démocratisé la SF horrifique fonctionne toujours et les quatre premiers épisodes réservent leur lot de face à face bien flippants. Plus que tout, cette SF émotionnelle nous prend aux tripes quand elle se révèle un miroir pour parler d’amitié, d’identité, de deuil et de passage à l’âge adulte.

Dans un monde où le streaming a fragmenté les audiences, Stranger Things réussit un paradoxe rare : recréer du rendez-vous. Et les watch parties en sont la preuve vivante — l’envie de vivre la fiction ensemble n’a jamais été aussi forte. Dans les salons, les bars, ou en ligne via Netflix Teleparty, les fans se rassemblent pour commenter les théories en temps réel, et savourer le plaisir d’être ensemble dans la tension et la nostalgie. Pour la série des frères Duffer, les watch parties deviennent également un terrain de jeu créatif : dress codes 80’s, playlists inspirées de Hawkins, décors improvisés façon Upside Down, snacks rouges et noirs, affiches faites maison. C’est un fandom qui s’invente un espace physique et social — un moyen de faire de la sortie d’une saison un véritable rituel communautaire. Cherchez autour de vous, il y en a forcément. Ou créez la vôtre.

Evénement inédit: Aux États-Unis et au Canada, le final de Stranger Things (2h05) débarque en salles : dès le 31 décembre, le dernier épisode sera projeté dans plus de 500 cinémas pour vivre la conclusion en grande pompe sur grand écran.

Pour ceux qui sont en quête de produits dérivés, les Galeries Lafayette Champs Elysées proposent un pop-up store avec des animation jusqu’au 5 janvier. Une sélection de produits est également à retrouver dans les magasins d’Annecy, Biarritz, Carré Sénart, Lyon Part Dieu, Montpellier, Nantes, Bordeaux, Cap 3000, Nice Massena et Toulouse.

Les 4 premiers épisodes sont disponibles sur Netflix depuis le 27 novembre, les 3 suivants le seront à partir du 26 décembre. Final le 1er janvier à 2h du matin.

Pourquoi Bugonia mérite notre attention

Génial et effrayant Jesse Plemons dans Bugonia ©Universal Studios

Bugonia mêle science-fiction, satire sociale, paranoïa contemporaine et huis-clos étouffant. Le film interroge notre rapport à la conspiration, à la peur de l’autre, aux dérives du corporatisme et à l’écologie, à la défiance envers les institutions. Aussi fascinant qu’inconfortable. Yorgos Lanthimos transforme un huis-clos en laboratoire de tensions, où chaque choix de mise en scène nourrit l’inconfort et la densité du récit. Emma Stone et Jesse Plemons livrent deux compositions d’une rare intensité : l’une incarne la froideur implacable du pouvoir, l’autre le vertige d’une croyance qui dévore tout. Leur affrontement donne au film une épaisseur dramatique qui dépasse le simple exercice de style.

Bugonia conviendra à celles et ceux qui voient dans la science-fiction un terrain de réflexion plutôt qu’un pur divertissement. Ici, l’imaginaire sert moins à inventer de nouveaux mondes qu’à scruter les fractures du nôtre. Bugonia n’est pas un film destiné à plaire à tous. Il s’adresse à un public prêt à accepter la perturbation comme moteur narratif, la satire comme instrument de lucidité, et la dystopie comme miroir de nos inquiétudes. Pour ces spectateurs-là, il s’impose comme une proposition de cinéma puissante, singulière et difficile à oublier.

En salles depuis le 26 novembre.

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Zootopie 2: mission relancée

Judy Hopps, Nick Wilde et leur nouvel ami, un serpent nommé Gary © Disney

Presque dix ans après le premier volet, Zootopie 2 confirme que la saga demeure l’un des projets les plus inventifs et politiquement affûtés de l’animation. Cette suite élargit l’univers, en creusant ses tensions sociales avec une énergie renouvelée et une bonne dose d’humour acide.

Le film joue à nouveau sur l’alliance improbable entre Judy Hopps et Nick Wilde, en les entraînant dans une intrigue plus ample, plus rythmée, où l’enquête policière sert de terrain de jeu à un commentaire social étonnamment riche. La satire, toujours présente, est ici plus franche : infox, méfiance généralisée, divisions identitaires, emballements médiatiques… Sous les jeux de pistes et les poursuites, le récit s’intéresse à la fragilité du vivre-ensemble, aux manipulations émotionnelles et à la façon dont une société peut basculer sous l’effet de la peur.

Sur le plan visuel, le film impressionne par son inventivité : chaque quartier de la ville gagne en densité, en textures, en micro-gags, et la mise en scène exploite pleinement l’idée d’une métropole où espèces et environnements se chevauchent.

Et jusqu’au 4 janvier, si vous voulez vous offrir un beau spectacle de Noël, le Grand Rex vous propose de coupler le film avec leur traditionnel spectacle de la féérie des eaux.

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Planètes : chroniques d’un cosmos miniature

Planètes © Miyu Productions

Avec Planètes, présenté en clôture de la 64ᵉ Semaine de la Critique au Festival de Cannes 2025, primé au Festival d’animation d’Annecy 2025, Mamoko Seto compose une expérience sensorielle rare : un film qui tient autant de la fable écologique que du poème visuel. L’œuvre s’affranchit des codes classiques de la narration pour privilégier une immersion totale dans un univers en mutation, où la matière semble respirer, se fracturer, se régénérer. Seto déploie un imaginaire organique et minéral d’une richesse fascinante ; chaque plan évoque une planète inconnue, mais aussi un fragment de notre monde en bout de course.

Aucune figure humaine pour guider le regard, uniquement des textures, des formes, des organismes presque abstraits. Cette approche donne au film une force singulière : Planètes ne raconte pas seulement la métamorphose d’un écosystème, il laisse au spectateur l’espace de projeter ses propres inquiétudes et émerveillements. Le résultat est hypnotique, parfois inquiétant, toujours profondément sensoriel.

Avant sa sortie en salles, le 11 mars 2026, Planètes est présenté en avant-première, à Marseille lors de la soirée de clôture des Rencontres Internationales Sciences & Cinéma (RISC) le samedi 13 décembre à 20h30 à La Baleine. La veille, la réalisatrice viendra donner une masterclass sur la genèse et la fabrication du film. C’est gratuit. Le 13 décembre à 19h, vous pourrez voir le film au Festival du cinéma japonais Kinotayo à Maison de la culture du Japon à Paris. Le 17 décembre à 14h, au Festival des Arcs, le 13 janvier 2026 dans le cadre du ciné-club Bobines de Sciences à Lyon, en présence de la réalisatrice.

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Une romance suspendue entre Terre et Mars

L’astronaute Nan Young ©Netflix

Avec Juste l’espace entre nous, la réalisatrice Han Ji-won signe une œuvre qui utilise la science-fiction comme un espace d’émancipation. Au-delà de la romance, le film s’intéresse à la trajectoire de Nan-young, astronaute en formation prête à quitter la Terre pour une mission martienne. Le récit puise sa force dans ce conflit intérieur : comment poursuivre un rêve spatial qui exige l’isolement, le risque, le dépassement, tout en laissant derrière soi les liens qui nous définissent ?

La SF fonctionne ici comme un miroir : elle révèle la solitude des pionnières, le poids des attentes, et la place encore fragile des femmes dans les récits d’exploration. Han Ji-won pose un regard délicat sur cette tension entre aspiration scientifique et désir humain, sans spectaculaire inutile. Son animation lumineuse et posée crée un futur crédible, sensible, où la conquête de Mars ne ressemble plus à un fantasme héroïque mais à une épreuve intime.

Juste l’espace entre nous (Lost in starlight en VO) touche justement parce qu’il parle de l’espace comme d’un choix, d’un renoncement et d’une liberté.

Diffusé sur Netflix.


Décollage réussi de Cinema for Space

Cinema for Space, premier festival international dédié au cinéma spatial s’est tenu du 27 au 29 novembre 2025 au Palais des Festivals de Cannes : trois jours intenses de projections, débats et rencontres qui ont réellement incarné l’idée d’un « pont » entre science, cinéma et réflexion sociale.

Dès la cérémonie d’ouverture, l’événement a mis en valeur la dimension humaine et inspirante de l’aventure spatiale : la remise du prix d’honneur à Claudie Haigneré — première femme européenne allée dans l’espace — était un symbole fort. Son discours, empreint d’émotion et d’engagement, a souligné l’importance de transmettre aux générations futures non seulement le rêve de l’espace, mais le sens d’une exploration responsable, consciente de ses enjeux pour la Terre. Le festival s’est ouvert avec la projection en avant-première de The Astronaut, un film de Jess Varley où une astronaute interprétée par Kate Mara revient d’une expédition très chamboulée. Le film est diffusé sur Paramount+.

Autour des projections, les débats animés par Thierry Chèze et Sophie Benamon ont abordé des thématiques aussi cruciales que variées : la place des femmes dans le spatial — illustrée notamment par la projection du film Proxima suivie d’un échange entre Claudie Haigneré, la réalisatrice Alice Winocour et la jeune actrice du film —, la diversité des récits d’exploration, mais aussi des enjeux écologiques et éthiques.

Un autre moment fort a été le débat organisé autour des débris spatiaux après la projection de Gravity — un sujet grave, mais encore trop méconnu, qui interroge notre rapport à l’orbite terrestre, à la pollution spatiale et à la responsabilité collective vis-à-vis de l’environnement spatial et terrestre.

De même, la séance de Valensole 1965, inspirée d’un fait réel, a donné lieu à un débat sur la question des OVNI — phénomène mystérieux et souvent controversé — invitant le public à réfléchir sur les limites entre croyance, récit et science. Le film sort en VOD le 8 décembre.

Enfin, le festival a su rappeler, avec subtilité et ambition, que regarder vers les étoiles ne signifie pas quitter la Terre, mais parfois mieux la comprendre — l’exploration spatiale, les satellites, l’observation de la planète et la recherche scientifique peuvent réellement éclairer nos enjeux climatiques, environnementaux et sociaux.


Tom Hanks en guide cosmique

Destination Lune est une immersion sensorielle magistrale qui transcende le format classique d’exposition. A l’Atelier des Lumières, on entre littéralement dans l’histoire de la conquête spatiale : projections à 360°, images d’archives de la NASA restaurées, sol et murs animés, éclairages et bande-son orchestrale. Le réalisme est tel qu’on a l’impression de marcher sur la Lune. Le récit est co-écrit par Tom Hanks et accompagné de sa voix française (Jean-Philippe Puymartin ) . On traverse les missions Apollo, les préparatifs, le décollage, les premiers pas sur la Lune, jusqu’au futur programme Artemis. C’est un regard nostalgique et ambitieux sur l’exploration spatiale.

Atelier des Lumières, 38 Rue Saint-Maur, 75011 Paris. Jusqu’au au 4 décembre 2025.


Pluribus : quand la SF dissout l’humanité

Pluribus, la nouvelle série de Vince Gilligan, s’impose comme une fable de science-fiction profondément dérangeante qui interroge le prix du libre-arbitre à l’ère de la pensée collective. En imaginant une humanité happée par une mystérieuse « contagion » extraterrestre qui transforme presque tout le monde en communauté joyeuse, uniforme et irrésistiblement sereine, la série renverse les codes habituels des récits d’invasion : ici, la menace a le visage du bonheur absolu. Seule Carol, interprétée avec une intensité remarquable par Rhea Seehorn, résiste à cette fusion des consciences et devient l’observatrice impuissante d’un monde où la paix parfaite rime avec la disparition de l’individu. Sans jouer la carte du spectaculaire, la série distille une tension continue et pose une question vertigineuse : que reste-t-il de l’humanité lorsqu’elle renonce volontairement à ses fissures, à ses conflits? Avec cette dystopie intime et troublante, Gilligan signe une œuvre aussi hypnotique qu’inquiétante, un cauchemar d’autant plus puissant qu’il résonne avec nos peurs de l’uniformité et du confort imposé.

Disponible sur Apple TV. Un nouvel épisode chaque vendredi. Dernier épisode le 26 décembre.


Pandora s’embrase : la promesse explosive d’Avatar 3

Pandora change, se fissure, brûle — et le cinéma avec. De Feu et de Cendres promet un tournant radical : nouveaux clans, enjeux plus sombres, écosystèmes dévastés… Cameron pousse encore plus loin l’immersion technologique et la fable écologique. Avant la sortie du film le 17 décembre, l’avant-première européenne du 5 décembre à La Seine Musicale (Boulogne-Billancourt) s’annonce déjà comme un spectacle total, avec projection premium et présence de l’équipe.

BNP Paribas lance du 8 au 12 décembre 2025 la quatrième édition de son initiative CinéCulte, entièrement consacrée à James Cameron en offrant 5 000 places aux cinéphiles, réparties dans cinq grandes villes : Lille, Lyon, Nantes, Bordeaux et Paris. Cette immersion débutera avec les films qui ont marqué plusieurs générations:Titanic, Terminator 2 : Le Jugement dernier, Aliens, le retour ou encore l’aventure en eaux profonde d’Abyss. La semaine se clôturera le vendredi 12 décembre avec une soirée hors du commun. Elle permettra de revivre l’intégralité de l’épopée Avatar, avant la découverte imminente du nouveau chapitre.

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