Marilyn, enfin débarrassée de Marilyn. Redécouvrir Marilyn Monroe aujourd’hui, c’est réparer un malentendu. Pendant des décennies, on a regardé Marilyn comme une image avant de la regarder comme une actrice : une silhouette, une blondeur, une fragilité, un fantasme. Or ce que les films révèlent, quand on accepte enfin de les revoir sans préjugés, c’est une artiste d’une précision folle, capable de jouer avec son propre cliché comme avec un instrument.
Marilyn redevient urgente : non pas parce qu’elle appartient au passé, mais parce qu’elle éclaire encore notre façon de regarder les femmes. Elle incarne une question très contemporaine : comment exister dans une industrie qui vous transforme en produit, tout en tentant de rester sujet de sa propre histoire ? Chez elle, la légèreté n’est jamais simple. Elle est une stratégie, un masque, parfois une arme.
Le lien avec Agnès Jaoui est passionnant. Deux actrices que tout oppose en apparence, mais qui partagent une même lutte contre les assignations. Marilyn fut enfermée dans le rôle de la blonde désirable ; Agnès Jaoui a souvent combattu d’autres cases, celles imposées aux femmes intelligentes, drôles, imparfaites, trop libres pour entrer dans le cadre.
Et si Marilyn était l’une des actrices les plus mal comprises de l’histoire du cinéma?
À force d’avoir vu mille fois son sourire, sa robe blanche ou ses poses devenues mythiques, on finit presque par oublier qu’avant d’être une image, Marilyn était une actrice. C’est toute la force de la magnifique exposition que lui consacre la Cinémathèque française pour le centenaire de sa naissance : elle nous oblige à regarder Marilyn autrement.
À travers des costumes, des archives rares, des extraits de films et des photographies iconiques, l’exposition démonte peu à peu les clichés qui collent à sa peau depuis des décennies : la “blonde idiote”, la star fragile, le fantasme hollywoodien. On redécouvre une femme drôle, ambitieuse, lucide sur l’industrie qui l’entourait, mais aussi une comédienne qui travaillait ses rôles avec une précision souvent minimisée par son époque.
Ce qui frappe surtout, c’est à quel point Marilyn semble encore contemporaine. Et soudain, l’icône redevient humaine. Bouleversante, même.
À voir jusqu’au 26 juillet à la Cinémathèque française. Et jusqu’au 12 juillet, n’hésitez pas à découvrir ses films sur grand écran. On recommande le très rare Troublez-moi ce soir, le 13 juin, où elle incarne une baby-sitter déséquilibrée, précédé d’un dialogue avec le psychiatre Jean-Victor Blanc animé par la commissaire d’exposition, Florence Tissot.
Catherine Deneuve nous emmène au-delà du mythe
Marilyn Chérie, présentée à la Galerie Cinema, dévoile des clichés rares issus de la collection du cinéphile et collectionneur Sébastien Cauchon, certains jamais montrés auparavant.
Photos de plateau, portraits promotionnels, instants volés à la presse : l’exposition compose un portrait plus intime de l’icône, loin de l’image figée de la star tragique. On y découvre une Marilyn drôle, intelligente, vulnérable aussi. Le regard croisé de Sébastien Cauchon et Catherine Deneuve apporte à cet hommage une dimension tendre et très cinéphile. À voir jusqu’au 13 juin à Paris, comme une conversation à travers le temps avec celle qui continue de hanter l’histoire du cinéma. Le livre est disponible aux éditions Flammarion.
Priscilla Motindola est allée en reportage pour Intervistar. A voir ci-dessous.
Le film qui a inventé Marilyn Monroe
Il existe des films qui marquent une carrière. Et puis il y a Les hommes préfèrent les blondes. Ressorti en salles le 27 mai à l’occasion du centenaire de la naissance de Marilyn Monroe, le classique de Howard Hawks reste sans doute le film qui a transformé une jeune actrice prometteuse en phénomène mondial.
Face à Jane Russell, Marilyn y incarne Lorelei Lee, chanteuse aussi séduisante qu’intelligente, souvent prise à tort pour une écervelée. Plus de soixante-dix ans après sa sortie, le film surprend par sa modernité. Derrière les numéros musicaux flamboyants et les costumes étincelants se cache une comédie qui joue avec les stéréotypes féminins pour mieux les retourner. Lorelei sait exactement ce qu’elle veut, maîtrise parfaitement son image et refuse de s’excuser pour son ambition.
Impossible également d’oublier le mythique numéro Diamonds Are a Girl’s Best Friend, mille fois imité, de Madonna à Nicole Kidman. Pourtant, réduire le film à cette seule scène serait une erreur. Howard Hawks signe une comédie pétillante portée par l’alchimie irrésistible entre ses deux héroïnes et par un sens du rythme qui n’a rien perdu de son efficacité.
C’est d’ailleurs la projection des Hommes préfèrent les blondes au TCL Chinese Theatre de Hollywood qui a donné le coup d’envoi, ce 1er juin 2026, des célébrations du centenaire de Marilyn Monroe. Tout au long de la journée, les admirateurs de la star se sont réunis autour de ses célèbres empreintes, d’une cérémonie autour de la fontaine Marilyn Monroe.
Dans la lumière
En 1952, Sam Shaw croise la route d’une jeune actrice encore en quête de reconnaissance. Entre le photographe new-yorkais et la future star naît une relation rare à Hollywood : une véritable confiance. Pendant plusieurs années, Shaw sera l’un des témoins privilégiés de son ascension, mais aussi de ses doutes, de ses amours et de sa vulnérabilité.
L’exposition à la Galerie de l’Instant retrace cette rencontre à travers des photographies prises entre 1954 et 1958. Bien sûr, on y retrouve l’image la plus célèbre du cinéma américain, cette jupe blanche soulevée par le vent sur le tournage de Sept ans de réflexion. Mais ce sont souvent les clichés les plus discrets qui marquent durablement : Marilyn à sa coiffeuse, Marilyn chez Arthur Miller dans le Connecticut, Marilyn loin des projecteurs.
À travers le regard de Sam Shaw, la star redevient une femme, drôle, amoureuse, parfois mélancolique. Une exposition précieuse qui nous que certains photographes ont le talent rare de saisir ce qui échappe aux autres.
Le coup de coeur de la semaine: L’objet du délit
Agnès Jaoui : « Ce qui m’intéresse, c’est la complexité »
Présenté au Festival de Cannes, L’Objet du délit marque le retour à la réalisation d’Agnès Jaoui. Mais ne comptez pas sur elle pour livrer un film à thèse. Derrière son intrigue, qui suit les remous provoqués par une accusation visant un chanteur d’opéra lors d’une mise en scène des Noces de Figaro, la cinéaste cherche avant tout à explorer les contradictions de notre époque.
Au cours de notre entretien (à retrouver en intégralité sur notre chaine YouTube), Agnès Jaoui raconte avoir choisi l’opéra de Mozart presque naturellement. D’abord tentée par Don Giovanni, figure du prédateur par excellence, elle lui a finalement préféré Les Noces de Figaro, une œuvre qui parle davantage du sexisme ordinaire, des rapports de pouvoir et de la condition des femmes. “Ça parle beaucoup de féminisme”, rappelle-t-elle en évoquant notamment le personnage de Marceline.
Mais ce qui passionne la réalisatrice, ce n’est pas seulement l’évolution du regard porté sur les violences sexistes. C’est aussi le dialogue parfois difficile entre les générations. Féministe de longue date, elle se souvient avoir eu le sentiment de “prêcher dans le désert” avant de voir émerger une nouvelle vague militante. Une évolution qu’elle accueille avec enthousiasme, tout en reconnaissant être parfois déstabilisée par certaines formes de radicalité.
Le film interroge ainsi un sujet rarement abordé au cinéma : comment débattre sans immédiatement se diviser en camps irréconciliables ? Comment distinguer la rumeur des faits ? Comment éviter que la sanction ne précède l’enquête ? Agnès Jaoui évoque notamment la rapidité des condamnations à l’ère des réseaux sociaux et la difficulté de penser les nuances lorsque tout s’accélère.
Le titre lui-même résume cette réflexion. “Quel est l’objet du délit et quelle est la peine qu’il mérite ?”, s’interroge-t-elle. Derrière cette question se cache toute l’ambition du film : rappeler qu’entre le silence d’hier et les jugements expéditifs d’aujourd’hui, il existe encore une place pour la discussion, le doute et la complexité. Une position rare, et sans doute courageuse, dans le climat actuel. en salles depuis le 27 mai.
Une soirée littéraire pour redécouvrir Marilyn
Que reste-t-il de Marilyn Monroe derrière les images, les légendes et les fantasmes qui l’entourent depuis plus de soixante ans ? C’est à cette question que tentera de répondre la soirée « Cinéma Mon Amour » organisée par Kevin Elarbi au Majestic Bastille le 1er juin.
Avant la projection de Rivière sans retour (1954) d’Otto Preminger, une table ronde réunira Laurent Morlet (La Gouvernante de Marilyn), Régis NKissi (Comment Marilyn Monroe m’a sauvé la vie) et l’historienne Virginie Girod pour explorer les multiples facettes de celle qui demeure l’une des figures les plus fascinantes de l’histoire du cinéma. La soirée se poursuivra avec Rivière sans retour, western spectaculaire porté par Robert Mitchum et une Marilyn Monroe au sommet de son magnétisme.







