Vive Klapisch !

Par Sophie Benamon

Le Péril jeune, Chacun cherche son chat, L’Auberge espagnole, Ce qui nous lie, En corps… Des films que des millions de spectateurs ont vus, dont ils citent des répliques et qu’ils associent à une période de leur vie. Klapisch laisse dans le cinéma français une trace qu’aucun autre n’a laissée de cette façon. Il a filmé les âges de la vie d’une génération, avec une constance qui rappelle Truffaut suivant Antoine Doinel ou Linklater grandissant avec ses personnages, mais sans en revendiquer la noblesse. Plus récemment, il a fait du corps, de la danse et de la transmission le centre de son cinéma. Cette cohérence thématique et formelle est ce qu’on attend d’un auteur. La preuve…

Notre coup de cœur, Ce qui le meut de Patrick Fabre

© Emmanuelle Jacobson-Roques

Il y a des livres qui racontent un cinéaste, et d’autres qui le font enfin entendre. Paru le 9 octobre, Ce qui le meut appartient à la seconde catégorie. Patrick Fabre y mène un long entretien avec Cédric Klapisch, le réalisateur d’Un air de famille, de Chacun cherche son chat, de L’Auberge espagnole, d’En corps ou encore de La Venue de l’avenir, son dernier long-métrage en date. Quarante ans d’une œuvre prolifique y prennent leur cohérence, des premiers courts-métrages à la série Dix pour cent, en passant par Riens du tout qui l’a révélé au public et par Le Péril jeune, devenu culte.

Le livre s’enrichit de la parole de ceux qui comptent dans son parcours. Romain Duris, Cécile de France, Agnès Jaoui, Audrey Tautou, Zinedine Soualem, mais aussi Lola Doillon, sa compagne, Santiago Amigorena, son coscénariste, ou encore Bruno Lévy, son producteur, apportent leur éclairage sur sa façon de travailler. L’ensemble est très richement illustré, avec les photographies personnelles du cinéaste, ses scénarios, ses Polaroid, ses story-boards, et de nombreux documents inédits qui montrent la diversité de son talent, du cinéma à la série.

La valeur de l’ouvrage tient aussi à celui qui interroge. Ancien journaliste de cinéma, réalisateur de documentaires et directeur artistique du Festival international du film de Saint-Jean-de-Luz depuis 2014, Patrick Fabre connaît Klapisch de longue date et lui avait déjà consacré un documentaire en 2008. Il a la proximité qui met en confiance et le métier qui permet de relancer, de creuser et de remettre les films en perspective.

Car les livres de journalistes sur le cinéma comptent bien plus qu’on ne le croit. Ils apportent un regard critique et informé qui permet de replacer une carrière dans son contexte, de mesurer ce qu’un cinéaste a réellement apporté à son art. Nous en parlions déjà dans Intervistar à propos de la biographie de Georges Lautner par Sylvain Perret, qui rendait justice à un cinéaste trop souvent réduit à ses dialogues cultes. Avec Klapisch, Patrick Fabre accomplit un travail du même ordre. Un livre indispensable, qui donne envie de revoir tous ses films. Patrick Fabre nous a accordé un entretien à retrouver sur la chaîne Youtube d’Intervistar.

Cédric Klapisch et Patrick Fabre iront à la rencontre du public pour présenter le livre. Le premier rendez-vous a lieu dès le 7 novembre à 17h, pour une rencontre suivie d’une signature à la librairie Les Arceneaux à Marseille. Ils seront ensuite à Paris le 19 novembre à 19h, à la librairie Cinéma du Panthéon. La tournée se poursuivra à Rennes le 24 novembre à 18h, avec une rencontre et une dédicace à l’Espace Ouest-France.

À gagner, un exemplaire de Ce qui le meut !

© Éditions La Martinière

Intervistar fait gagner à ses abonnés un exemplaire de Ce qui le meut (264 pages, 39,90 €), en partenariat avec les Éditions de La Martinière. Pour participer, commentez la publication de cette newsletter en indiquant votre film préféré de Cédric Klapisch. Vous avez jusqu’au 15 novembre. Le tirage au sort aura lieu le 16 novembre, et le gagnant sera prévenu par mail. Bonne chance à toutes et à tous !

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La cinémathèque idéale des cinéastes

On connaît le cinéaste, moins l’homme de syndicat. C’est à la SRF, la Société des réalisatrices et réalisateurs de films, que Cédric Klapisch a trouvé l’élan de LaCinetek. Au fil des discussions avec Alain Rocca, patron d’UniversCiné, lui, Pascale Ferran et Laurent Cantet (membres du Conseil d’administration) se convainquent que les cinéastes doivent prendre la main sur la diffusion du patrimoine en ligne. L’idée est simple et reste rare. Ce sont les réalisateurs eux-mêmes qui choisissent et défendent les films à voir. La plateforme ouvre en novembre 2015.

Pour célébrer le 10é anniversaire du site, LaCinetek organise son festival vendredi 6 et samedi 7 novembre au cinéma Le Méliès de Montreuil, avec cinq films, une masterclass et des cinéastes à la tribune. Les places se réservent ici, au tarif unique de 4 € la séance. La masterclass est gratuite dans la limite des places disponibles, sans réservation en ligne, uniquement au guichet du cinéma.

Vendredi 6 novembre

À 20h15, le festival s’ouvre avec Mr. Smith au sénat de Frank Capra (1939), présenté par Pascale Ferran et Dominik Moll. Un classique sur la naïveté face au pouvoir, choisi pour lancer une soirée qui se prolonge autour d’un verre au Comptoir Méliès.

Samedi 7 novembre

À 11h, Le Plaisir de Max Ophüls (1952), présenté par Robin Campillo. À 13h30, Les Silences du palais de Moufida Tlatli (1994), présenté par Anne Alvaro et Agnès Jaoui (en vidéo). À 16h15, The Mask de Chuck Russell (1994), en VF, présenté par Ugo Bienvenu. À 18h30, la masterclass « L’Art du vol » réunit Bertrand Bonello, Louise Courvoisier, Pascale Ferran et Arthur Harari qui expliquent, extraits à l’appui, ce que leurs films doivent à ceux des autres. À 20h30, la clôture se fait avec Virgin Suicides de Sofia Coppola (2000), présenté par Gilles Lellouche.

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Première image de S’aimer sur Mars

©Emmanuelle Jacobson Roques / CQMM

Klapisch s’attaque au cinéma, ses égos, ses couples et ses coulisses. La première photo de son prochain film vient d’être dévoilée. Le cliché montre Mariia Minieieva et Julien de Saint-Jean, deux des interprètes de S’aimer sur Mars, seizième long-métrage du cinéaste. Le tournage a débuté à la mi-septembre à Marseille et doit s’y poursuivre jusqu’au 13 novembre.

Le film se déroule dans le cadre d’un tournage. Mariia Minieieva et Julien de Saint-Jean y incarnent Natalia et Jean, deux jeunes vedettes qui s’aiment à l’écran mais se détestent sur le plateau, ce qui donne son sens au titre et laisse imaginer le jeu de miroirs entre fiction et réalité. Face à elles, Vincent Macaigne et Cécile de France jouent Laurent et Justine, un couple de scénaristes qui refuse le formatage. La distribution réunit aussi Pio Marmaï, retrouvé après Ce qui nous lie et En corps, et Charlotte Le Bon.

Klapisch ou l’art de filmer le mouvement

© Delphine Ghosarossian / FTV 2015

Cédric Klapisch a souvent filmé des corps en mouvement, mais c’est en dehors de ses fictions que son amour de la scène s’est le plus exprimé. Ces dernières années, il a fait de la danse et de l’opéra un deuxième terrain de jeu, qui nourrit en retour son cinéma, d’En corps à ses films les plus récents.

Tout commence avec une danseuse. Dans Aurélie Dupont, l’espace d’un instant (2010), Klapisch suit pendant plusieurs années l’étoile de l’Opéra de Paris, dans les coulisses, aux répétitions, jusque dans la fragilité d’un corps qui doit se réinventer à chaque spectacle. Cinq ans plus tard, il retrouve Aurélie Dupont pour son dernier rôle. Le 18 mai 2015, au Palais Garnier, elle fait ses adieux à la scène dans L’Histoire de Manon de Kenneth MacMillan, aux côtés de Roberto Bolle. Klapisch, avec Miguel Octave, réalise la captation de cette soirée exceptionnelle. Le film, que l’on peut voir sur Play, la plateforme de l’Opéra de Paris, n’est pas une simple retransmission. C’est le regard d’un cinéaste qui sait où poser sa caméra pour faire sentir le geste, l’émotion et le poids d’un adieu.

Vient le saut vers l’opéra. En novembre 2023, Klapisch signe au Théâtre des Champs-Élysées sa toute première mise en scène lyrique, La Flûte enchantée de Mozart, sous la direction de François-Xavier Roth. Il en fait un spectacle populaire au sens noble, avec des dialogues parlés dans un langage moderne et des gags assumés, et reste fidèle au conte initiatique.

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A voir en salles

Moulin, ou la danse avant le silence

© Studio TF1

On n’attendait pas une valse dans un film sur Jean Moulin. Elle est pourtant l’épicentre de celui de László Nemes, avec Lars Eidinger, Gilles Lellouche et Louise Bourgoin pris dans une scène de danse aussi vertigineuse qu’inquiétante. Elle dit tout du film, qui préfère à la statue de bronze la chair, le trouble, la fragilité, et le moment où un homme doit décider ce qu’il est prêt à endurer.

Nemes a fait un choix radical, celui de resserrer son récit sur les dix derniers jours de Moulin. Dans cette chronologie qui emprunte autant au réel qu’à la fiction, Lellouche impose un homme ordinaire, presque banal, et pourtant entièrement tourné vers un objectif. Il n’est pas animé par le goût du sacrifice mais par le sens du devoir, et cette nuance change tout. Son Moulin ne cherche pas la mort, il cherche à tenir.

Le face-à-face avec Barbie, que Lars Eidinger joue avec une froideur glaçante, n’est pas ce qui intéresse le plus le cinéaste. Il s’attache à ce qui se joue avant, autour et pendant la torture. Comment un homme se comporte-t-il face à la douleur, à la peur de parler, à la délation qui a suffi à abattre un réseau ? Le film pose une seule question, « qu’est-ce que résister ? », et refuse d’y répondre par un discours. Il filme des corps, des silences, des gestes, dans des images sombres et grises tournées en 35 mm, comme un pays qui retient son souffle.

Il en résulte un film grave, d’une rigueur rare, qui rend à Jean Moulin son humanité sans lui retirer sa grandeur. Nemes n’érige pas un monument, il pose une question qui nous regarde encore.

Quelques mots d’amour, recherche père désespérément

©Chi Fou Mi Productions

Le deuxième film de Rudi Rosenberg, dix ans après Le Nouveau, est un petit bijou de sincérité. Dans le Sarcelles de 1995, Hafsia Herzi est bouleversante en mère qui élève seule ses enfants, tendre, maladroite, digne, et le film lui offre un très beau rôle. Le scénario ne tombe jamais dans le convenu, évite les chemins attendus et fait confiance à ses personnages. Et puis il y a cette relation mère-fille qui se construit avec une finesse rare, faite de silences et de gestes plus que de grands discours, jusqu’à nous cueillir sans prévenir. On sort ému, sans avoir été manipulé.

Nous avons rencontré Rudi Rosenberg au Festival du Film Francophone d’Angoulême pour parler de ce film. L’entretien est à retrouver sur la chaîne Youtube d’Intervistar.

Le mystère Lucy Lost, la grâce de la rencontre

© 2026 – Xilam Films – Xilam Animation

Pour son premier long-métrage, Olivier Clert (qui a travaillé sur Le Petit Prince) adapte le roman de Michael Morpurgo avec beaucoup de délicatesse. Le film, produit par Xilam, la maison de J’ai perdu mon corps, nous emmène en 1915 sur une île isolée, où une petite fille aux dons étranges inquiète les villageois. Elle rencontre Milly, une fillette qu’elle est la seule à voir.

Le film séduit d’abord par son graphisme. Le dessin en couleurs, qui fait penser à du Miyazaki, côtoie des esquisses pour les scènes de flashback, ce qui donne à l’animation plusieurs textures et une vraie variété. L’univers est à la fois onirique et réaliste, avec la douceur du vent et de l’eau, et le récit gagne une beauté simple. Au cœur du film, la relation entre les deux petites filles est un vrai moment de grâce. Un film à recommander à tout âge, dès 8 ans.

Irish Travellers, la caméra en famille

©Alexander Murphy, Goodseed Productions, Samson Films

Certains documentaires montrent la réalité, d’autres vous la font vivre de l’intérieur. Irish Travellers, présenté à la Semaine de la Critique à Cannes, est de ceux-là. Pendant six ans, le franco-irlandais Alexander Murphy a suivi les O’Reilly, une famille de travellers qui refuse la sédentarisation, jusqu’à faire de sa caméra l’un des leurs.

Pas de narration, pas de jugement, pas de voyeurisme, mais une proximité immédiate, dans l’esprit du cinéma social de Ken Loach ou d’Andrea Arnold. Le cœur du film, c’est l’énergie des enfants, insouciants malgré la dureté du quotidien, et qui ne semblent pas vouloir d’une autre vie que celle-ci, au grand air, loin des normes du monde moderne. Les séquences à cheval, superbes, disent mieux que tout cet esprit de liberté.