5 séries british à ne pas manquer

Par Sophie Benamon

La Grande-Bretagne reste, année après année, l’un des viviers les plus prolifiques et les plus singuliers de la fiction télévisée mondiale. On a déniché 5 pépites à regarder d’urgence.

On admire cette capacité proprement britannique à regarder le réel en face, sans filtre ni complaisance. Qu’il s’agisse de scandales politiques et médiatiques, de violences sociales, de dérives identitaires ou de fractures familiales, les scénaristes britanniques abordent les sujets les plus sensibles avec une franchise rare, souvent teintée d’un humour noir qui n’appartient qu’à eux. Cette manière si particulière de mêler gravité et légèreté, drame social et comédie de caractère, donne aux fictions britanniques une texture émotionnelle qu’on ne retrouve nulle part ailleurs.

L’autre force, c’est le format. Là où d’autres industries étirent leurs récits, les Britanniques ont fait de la concision une véritable signature artistique. Quatre, six, huit épisodes suffisent souvent à raconter une histoire dans son intégralité, sans remplissage ni round supplémentaire pour justifier une saison. Cette discipline narrative est devenue un atout.

Enfin, ce dynamisme créatif tient aussi à une génération d’auteurs et de réalisateurs capables de se réinventer d’un projet à l’autre sans jamais se répéter. De la comédie la plus décalée au thriller le plus oppressant, en passant par l’adaptation la plus exigeante d’un classique littéraire, la série britannique prouve, saison après saison, qu’elle reste l’une des formes les plus vivantes et les plus audacieuses de la fiction contemporaine.

Chef d’oeuvre : Sa majesté des mouches

Une île, des enfants, et l’humanité mise à nu

© Eleven Film – BBC

Sa Majesté des Mouches, le roman culte de William Golding, fable glaçante sur un groupe de garçons livrés à eux-mêmes après un crash d’avion, n’avait jamais connu d’adaptation télévisée avant ce projet en quatre épisodes. Le scénariste Jack Thorne, déjà salué pour son travail sur Adolescence, signe ici un texte d’une rare intelligence : plutôt que de plaquer un récit linéaire sur l’œuvre, il adopte une structure en relais, racontant l’histoire tour à tour à travers le regard de Piggy, Jack, Simon et Ralph. Le résultat est fluide, organique et terrifiant.

Le réalisateur Marc Munden apporte à la série une signature visuelle saisissante. Loin du naturalisme plat qu’on pourrait attendre d’un récit de survie, il compose des images qui empruntent autant à la peinture qu’au documentaire. Le choix technique de tourner certaines scènes nocturnes en infrarouge, transformant le feuillage vert en teintes roses et rouges, confère à l’ensemble une dimension quasi hallucinatoire, entre réalisme magique et cauchemar éveillé.

Mais le plus grand tour de force de la série est sa jeune distribution recrutée lors d’un casting ouvert. La série bénéficie d’une composition musicale à la hauteur de ses ambitions, avec la participation de trois figures majeures : Cristobal Tapia de Veer signe la partition principale, tandis que Hans Zimmer et Kara Talve composent le thème central. Une association qui donne à l’œuvre une texture sonore aussi inquiétante que sublime.

Ni voyeuriste, ni complaisante, la série offre une réflexion sincère sur la masculinité, le pouvoir, et la fragilité de la civilisation. On ressort de ces quatre épisodes bouleversé. Sa Majesté des Mouches s’impose sans conteste comme l’une des plus grandes réussites de la fiction britannique de ces dernières années.

Quatre épisodes sur Canal+

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Scandale médiatique : The Hack

Pour tout comprendre s

© ITV Studios/AC Chapter One/One Shoe Films

Pour ceux qui aiment la politique, les scandales et les enquêtes… Dans un contexte où la fiabilité de l’information est plus que jamais questionnée, cette reconstitution minutieuse d’une lutte pour la vérité résonne comme un avertissement autant que comme un hommage au journalisme d’investigation.The Hack revient sur l’affaire du piratage téléphonique qui a ébranlé la presse britannique au début des années 2000, en tissant ensemble deux histoires vraies qui se répondent sur une décennie, de 2002 à 2012. D’un côté, le travail acharné du journaliste d’investigation Nick Davies, incarné par David Tennant, qui met au jour les pratiques d’écoute illégale pratiquées par News of the World, tabloïd appartenant à Rupert Murdoch. De l’autre, l’enquête sur le meurtre non résolu du détective privé Daniel Morgan, menée par l’ancien commissaire divisionnaire de Scotland Yard Dave Cook, joué par Robert Carlyle. En entrelaçant ces deux fils narratifs, la série montre comment un système de surveillance illégale et de corruption a pu prospérer si longtemps, et le prix payé par ceux qui ont voulu y mettre fin.

Au scénario, Jack Thorne, rend justice à la fois à la complexité des faits et au courage des protagonistes qui ont porté cette enquête. Les apartés du journaliste qui brisent le quatrième mur apportent une touche d’humour bienvenue.

Qui est Jack Thorne, le nouveau génie de la série que tout le monde s’arrache?

Cet enfant de Bristol a fait ses débuts au théâtre : il monte sa première pièce, When You Cure Me, à 26 ans. Il enchaîne rapidement avec des courts métrages, de la radio, puis un épisode de la série Shameless, avant de décrocher en 2007 un poste de scénariste régulier sur la série culte Skins, qui marquera le vrai lancement de sa carrière télévisuelle. Suivront des années prolifiques entre théâtre, cinéma et télévision (l’adaptation de A la croisée des Mondes, Enora Holmes…) jusqu’à sa consécration internationale avec la pièce Harry Potter et l’Enfant maudit, coécrite avec J.K. Rowling.

C’est cependant Adolescence, sortie sur Netflix en 2025, qui a fait basculer Thorne dans une notoriété planétaire. L’idée est née d’un simple coup de fil de son ami de longue date, l’acteur Stephen Graham, qui souhaitait raconter une histoire de violence à l’arme blanche chez les adolescents, filmée en un seul plan-séquence par épisode. Thorne a accepté sur-le-champ, avant de se retrouver confronté à une difficulté de taille : comprendre ce qui pouvait pousser un garçon de treize ans à commettre un tel acte. La réponse ne s’est pas imposée tout de suite. C’est en explorant les vidéos en ligne consultées par des adolescents du même âge que le sujet de la masculinité toxique et de la culture incel a fini par s’imposer comme la clé du récit, révélant une réalité aussi troublante qu’inattendue pour l’auteur lui-même.

Cette trajectoire, entre travail acharné et curiosité insatiable pour ce qui façonne notre époque, explique pourquoi Jack Thorne demeure aujourd’hui l’un des scénaristes les plus respectés et les plus recherchés de la fiction britannique.

Sept épisodes sur Arte.tv

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La série comique qui se joue des clichés: Alice et Steve

Mode d’emploi pour relation décalée

© Disney+

C’est la comédie à voir de l’été. Un point de départ hilarant, une situation que personne n’aurait osé imaginer : Alice découvre avec horreur que Steve, son meilleur ami depuis toujours, s’est mis à sortir avec Izzy, sa propre fille de 26 ans. La comédie aussi drôle que délicieusement inconfortable explore avec finesse ce que cette situation vient bousculer : l’amitié, les liens familiaux et les frontières qu’on croyait infranchissables entre les deux.

Les tentatives désespérées d’Alice de mettre fin à cette relation, autant que les contre-attaques mesquines de Steve, bien décidé à ne pas céder, donne lieu à des situations aussi jubilatoires que tragiques. La série, écrite et créée par Sophie Goodhart (Sex Education, Rivals), réussit ce savant dosage propre aux meilleures comédies britanniques : des situations absurdes traitées avec un flegme so british, des dialogues percutants, et surtout des personnages assez complexes et attachants pour qu’on continue à rire tout en s’inquiétant sincèrement pour eux.

Nicola Walker campe une Alice à la fois attendrissante et exaspérante, prise au piège de ses propres contradictions, tandis que Jemaine Clement, fidèle à son sens comique so particulier, offre à Steve un charme désarmant qui rend son personnage difficile à détester malgré tout.

Alice and Steve ose l’inconfort et l’absurde pour mieux parler, en creux, de sujets universels : la peur de perdre ceux qu’on aime, la difficulté à voir grandir ses enfants, et la fragilité des amitiés qu’on pensait indéfectibles.

Six épisodes sur Disney+.

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Thriller entre voisins: Tip Toe

Homophobie, coming-out et Manchester

© Channel4

Tip Toe réussit un pari difficile : parler avec acuité de la polarisation et de la montée des préjugés sans jamais se transformer en leçon de morale. En choisissant l’intimité d’un simple voisinage pour raconter une fracture bien plus large, Russell T Davies signe une œuvre aussi divertissante qu’essentielle.

Tip Toe suit Leo et Clive, deux voisins installés à Manchester qui s’ignorent jusqu’à ce que le premier se retrouve en caleçon à la porte de chez lui et doive trouver refuge chez l’autre. L’un dirige un bar gay dans le centre de Manchester, l’autre est un électricien sans travail, père de deux garçons, et bourré de préjugés homophobes. Peu à peu, cette relation de voisinage ordinaire bascule dans un affrontement aussi intime que terrifiant.

On retrouve dans Tip Toe tout ce qui a fait la réputation de Russell T Davies, scénariste maintes fois récompensé aux BAFTA pour Doctor Who, Queer as Folk, Years and Years et It’s a Sin : un sens aigu de l’humour même dans les moments les plus sombres, et une capacité rare à transformer une histoire intime en miroir de toute une société. Cet équilibre entre légèreté et gravité rend la série aussi captivante qu’éprouvante.

Le duo formé par Alan Cumming et David Morrissey dans les rôles de Leo et Clive porte la série avec une intensité remarquable, chacun donnant une épaisseur et une humanité inattendues à des personnages qui pourraient facilement sombrer dans la caricature.

Cinq épisodes sur HBO Max à partir du 13 août 2026.

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Le polar mafieux: La ville nous appartient

Un genre, une tradition, une réinvention

© Left Bank Pictures

Le genre de la saga criminelle a ses monuments : Les Sopranos, Gomorra, Peaky Blinders. Avec La ville nous appartient, la BBC signe une œuvre qui n’a pas à rougir de la comparaison, en transposant les codes du grand récit mafieux dans le décor bien réel et bien britannique de Liverpool. Tous les ingrédients classiques sont là : une organisation familiale au bord de l’implosion, un trafic de drogue transatlantique menacé, une guerre de succession entre l’ancienne garde et une jeune génération avide de pouvoir. Mais la série évite soigneusement le folklore et la caricature du genre pour ancrer son intrigue dans un réalisme social.

Créée par Stephen Butchard, déjà remarqué pour The Last Kingdom et Five Daughters, la série suit Michael (James Nelson-Joyce), membre de longue date du crime organisé à Liverpool, dont la vie bascule lorsqu’il tombe amoureux de Diana. Pour la première fois, il entrevoit un avenir loin de la pègre. Cette histoire d’amour se déploie en parallèle de l’effondrement du gang dirigé par son ami de toujours, Ronnie Phelan, incarné par Sean Bean, tandis qu’une livraison de cocaïne en provenance de Colombie disparaît et menace tout l’édifice. Pour ne rien arranger, le fils impétueux de Ronnie, Jamie, entend bien prendre les rênes de l’empire familial, quitte à évincer Michael du jeu.

Comme Les Sopranos, la série ne cherche pas à glorifier ses personnages violents, mais à explorer leur vulnérabilité et leurs contradictions intimes. Et comme Gomorra, elle refuse tout systématiquement le pittoresque facile pour privilégier une tension psychologique constante, portée par une écriture acérée qui ne laisse aucun répit au spectateur.

Une série qui confirme, une fois de plus, la vitalité du polar britannique contemporain.

Huit épisodes sur Canal +